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Le Nic - Le Mardi 9 Février 2010

Des jeunes partent à l'aventure... sur le chemin de Compostelle

À la recherche de Dieu!

Sophie Bouchard
Par Sophie Bouchard
Canada
Mardi 3 Mars 2009

Quelle rencontre vivifiante, rafraîchissante! Deux jeunes filles de 19 ans: Anne-Sophie et Rebecca. Deux grandes amies malgré leurs différences: l’une joyeuse, passionnée et expressive, l’autre originale, sincère et intérieure. Deux caractères qui s’ajustent très bien l’un à l’autre par de solides liens d’amitié qui datent de l’enfance. Il pourrait en être tout autrement sans la foi qu’elles partagent! Le pèlerinage de deux mois à Saint-Jacques-de-Compostelle1 qu’elles viennent de vivre ensemble y a contribué, assurément! Elles y ont vécu une communion spirituelle ouverte sur les autres, à laquelle d’autres pèlerins pouvaient se greffer, sans gêner.


Deux bonnes amies d’enfance: Rebecca et Anne-Sophie. «Avant de partir, on faisait du théâtre ensemble, on allait à l’école ensemble, on travaillait ensemble, on cheminait ensemble», explique Anne-Sophie. Elles cheminent au sein d’une communauté du Chemin néocatéchuménal depuis le début de leur adolescence. : Archives de voyage

Deux bonnes amies d’enfance: Rebecca et Anne-Sophie. «Avant de partir, on faisait du théâtre ensemble, on allait à l’école ensemble, on travaillait ensemble, on cheminait ensemble», explique Anne-Sophie. Elles cheminent au sein d’une communauté du Chemin néocatéchuménal depuis le début de leur adolescence.

Archives de voyage

Et c’est exactement ce qui s’est passé. Alors que Rebecca et Anne-Sophie avaient prévu voyager à deux, c’est à trois qu’elles ont fait tout le parcours. «Le premier jour de notre arrivée en France, explique Rebecca, on a rencontré Myriam qui —drôle de coïncidence!— est une ancienne étudiante de mes parents, professeurs de philosophie au Cégep. Elle était déjà venue manger dans ma famille, et ça l’avait vraiment touchée. Elle avait commencé un bac en philo, puis elle était partie voyager.»

«Ça faisait déjà 13 mois qu’elle voyageait en Europe, précise Anne-Sophie. Mais elle venait juste de commencer à marcher vers Compostelle».

Myriam :

Myriam

Un départ presque raté

Cette rencontre n’aurait pas eu lieu sans un événement dérangeant qui a failli réduire en poussière leur projet de pèlerinage. Quelques jours avant leur départ, elles apprennent qu’elles n’ont plus de billets d’avion: la compagnie d’aviation est en faillite! Heureusement, tout s’est finalement arrangé et les deux pèlerines ont pu partir, grâce à Dieu, mais avec un retard de trois semaines.

«Si on n’avait pas été retardées, assure Anne-Sophie, on n’aurait pas rencontré Myriam! C’est fou hein? Tout notre pèlerinage, c’est ça: ce qu’on prévoit ne se peut pas ou n’arrive pas et, en même temps, il y a plein de choses qui arrivent bien mieux que ce qu’on avait prévu!»

La Providence n’a pas agi qu’une seule fois. À cause de leur départ retardé, les filles doivent faire du rattrapage. «On avait décidé de prendre le train de Fiejac jusqu’à Cahors, raconte Rebecca. Myriam était vraiment déçue qu’on se sépare, mais on ne le savait pas.»

Au moment d’acheter leurs billets de train, les deux amies apprennent qu’il y a une grève de train et qu’il n’y aura donc pas de départ. Elles optent alors pour l’autobus. On leur apprend que le dernier vient de partir.

Devinant que c’est un obstacle de type «Providentiel», elles ont «continué à marcher, relate Anne-Sophie, et à partir de ce moment-là, Myriam s’est plus incrustée. Elle s’est vraiment ouverte.»

«On était trois dans le fond, approuve Rebecca, même si les deux premières semaines, Myriam ne marchait pas avec nous.» Sur la route de Compostelle, on peut marcher tout seul, à son rythme. «Même nous, souvent, on marchait seule durant la journée. Parce que c’est important d’avoir des moments de solitude.»

Marcher pour soi ou avec Dieu?

La grande majorité des marcheurs ne font le pèlerinage que pour la marche, le voyage, les rencontres, pas vraiment pour des raisons spirituelles. «Je peux comprendre, témoigne Anne- Sophie. Parce que la marche en tant que telle, ça apporte la paix. Quand tu fais de la marche, le temps est à sa place, tout est à sa place, tu es à un rythme de vie où tu te sens vraiment à ta place!»

«En même temps, concède Rebecca, je me dis que ces gens-là font Compostelle au lieu de faire autre chose. Ça ne peut que leur faire du bien!»

Pour Anne-Sophie et Rebecca, c’est toute autre chose. «Nous, on allait faire un pèlerinage! Rencontrer Dieu, certifie Anne-Sophie! On Le rencontre ici aussi. Mais un pèlerinage, c’est un moment fort. Au lieu de voyager en touriste, on a décidé de prendre un temps pour être proche de Dieu.»

«Et en pèlerinage, on n’a rien pour nous distraire: nos amis, la télé, l’ordinateur, la musique, complète Rebecca. Et justement, ça aide à prier, à prendre le temps de réfléchir.» Ce qui est moins aisé à faire quand on est chez soi…

Cette rencontre avec Dieu dans un pèlerinage, c’est ce qui donne la force nécessaire pour revenir chez soi, dans sa réalité quotidienne assure Rebecca. Et Anne-Sophie d’ajouter que «la vie, ce n’est pas Saint-Jacques-de-Compostelle, malheureusement… La vie c’est la confiance en Dieu!»

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Routines et aventures

La vie de pèlerinage a aussi ses routines. «On se lève. On fait son sac, on déjeune, on s’achète un dîner et on part, on marche. On prend des pauses, surtout quand c’est beau. On s’assoit et on regarde», se souvient Anne-Sophie, l’air rêveur.

La plupart du temps, «on prévoit se rendre à tel endroit, ajoute Rebecca, mais, parfois, on change de destination.» En moyenne, 25 kilomètres de marche par jour! «C’est arrivé qu’on ait fait 40 km dans une journée. On avait fait un gros détour, une grosse montagne pendant 12 km… Il en restait 18 à faire après. On les a faits!», se rappelle Anne-Sophie en riant.

Même s’il y a une part de routine, chaque journée est vraiment différente soutient Rebecca. «C’est ça qui est le “fun”. Parce que tu ne sais pas ce qui t’attend. Tu ne sais même pas le soir où tu vas dormir, où tu vas te coucher, s’il va y avoir du chauffage ou non. Tu t’abandonnes vraiment! On l’a expérimenté!»

«Tu vis, aujourd’hui, renchérit Anne-Sophie. On n’a pas le choix! Et tu es en paix! Il n’y a pas de stress, ni pour l’argent, ni pour le temps.»

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Comme les premiers chrétiens

L’argent est pourtant souvent une source de conflit pour des voyageurs, des amis. Mais pas pour les deux pèlerines qui ont tout mis en commun. «Avant de partir, on avait quasiment un compte conjoint. Rebecca payait des trucs, je payais des trucs et sans calculer. C’est ça qu’on a fait pendant le voyage.»

«C’est ça qui était bien, enchaîne Rebecca. On avait un seul portefeuille. Même presque pour les trois, incluant Myriam!» Tout ça, sans vivre de chicane, sans froid pendant tout le voyage. Un exploit? Ce n’est pas ce qu’en disent les filles!

C’est qu’au début de chacune des journées il y a la prière. Rebecca et Anne-Sophie ont apporté un bréviaire et font les Laudes à tous les matins et le chapelet en marchant. À un certain moment, Myriam aussi s’est jointe à elles pour prier.

Les trois filles ont adopté une attitude de liberté vis-à-vis l’une de l’autre. «On est libre de dire et d’entendre ce que l’autre a à dire, explique Anne-Sophie. Puis aussi, de laisser vivre l’autre, sans intervenir. Des fois, chacune notre tour, on est frustrée de notre journée, on n’est pas bien, on n’a pas envie de parler.»

«Il y a plusieurs événements qui arrivent et qui nous confrontent à nous-mêmes, c’est sûr, approuve Rebecca. Aussi, je pense que les journées qui sont les plus difficiles, ce sont celles où tu penses le plus. Des événements de ta vie auxquels tu penses et où, dans le fond, tu ne vois pas d’espérance.»

«Tu regardes ton coeur et tu es découragé », ajoute Anne-Sophie. Et Rebecca continue avec sincérité: «Souvent, c’était ça: de voir comment j’étais fermée. Juste d’entendre parler Anne-Sophie et Myriam, de les voir, ça m’énervait. En même temps, je savais que ce n’était pas elles le problème, que c’était moi».

«Quand ça arrivait, je la laissais tranquille, poursuit Anne-Sophie. On priait pour elle, c’est tout. Et elle faisait la même chose avec moi. Je me souviens qu’un jour elle avait fait le chapelet pour moi, pendant que je marchais à ses côtés. Moi, je n’étais pas capable, j’étais trop frustrée. Et elle l’a fait. Ça aidait de prier pour avoir la communion. C’est la prière qui donne la communion, rien d’autre!»

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L’accueil qui parle

Elles ont fait toutes sortes de rencontres enrichissantes. Mais il semble que ce soit les accueils chrétiens qui ont été les plus marquants. Dans les cloîtres et les abbayes, elles ont célébré des offices ou messes dans la beauté. «À Lascabanes, il y a eu un prêtre qui nous a lavé les pieds! Il faisait ça à tous les jours, quand il y avait des pèlerins», raconte Anne-Sophie, encore émue.

À Estaing, c’est le responsable d’une communauté de laïcs qui les accueille. «Tu sais, ce monsieur-là est venu dans le dortoir avec nous le soir pour nous raconter son témoignage: comment il avait senti la vocation d’accueillir les pèlerins, de tout quitter avec sa femme et ses enfants. Il nous expliquait son combat, celui d’annoncer sa décision et que tout le monde le prenait pour un fou», s’émerveille Rébecca en se rappelant l’événement.

Cet accueil généreux se faisait sans exiger d’argent. «On t’accueille avec un gros repas et le déjeuner, c’est l’abondance. Si ce n’est pas Dieu, c’est quoi?», demande-t-elle tout en ayant déjà la réponse à sa question.

Deux mois qui ont définitivement marqué ces jeunes filles pourtant déjà sensibles à la dimension spirituelle avant de partir. «On était de plus en plus libres, boucle Anne-Sophie, parce qu’on vivait notre foi. De savoir que Dieu va faire les choses, ça aide à lâcher prise. C’est ça qu’on a compris en revenant, que ce n’est pas moi qui mène ma vie, c’est Dieu. Quand tu es comme ça, tu es trop bien!»

«Ce qu’on a vraiment commencé à expérimenter, c’est d’arrêter de vouloir retenir les choses, les événements, les personnes, les émotions, corrobore Rebecca. C’est ça qui change pas mal de choses. Quand tu laisses Dieu agir, que tu ne retiens pas les personnes, les événements, c’est là que ça prend son vrai sens!»

Deux semaines avant le retour, les pèlerines commencent à préparer leur retour au bercail, dans la réalité d’avant Compostelle… «On avait hâte, dit Anne Sophie, et en même temps… Ma soeur avait accouché, ça me motivait. J’étais contente de retrouver ma famille.»

Le premier jour, on est content de revoir sa famille, appuie Rebecca. «Mais à un moment, c’est reparti pour une nouvelle réalité. Je n’ai pas rappelé mes amis. Je n’avais pas envie de ça. Ça faisait deux mois qu’il n’y avait rien de précipité. Je pense que cela a aidé au retour.»

Anne-Sophie n’a appelé personne, elle non plus. Avant son départ, «j’étais tellement occupée! J’avais l’école, le travail, le théâtre, la fin du Cégep. Je n’étais jamais chez moi! À la fin de la session, j’étais morte! C’est une fatigue malsaine. Je n’ai tellement pas envie de me remettre là-dedans! Ce n’est pas ça qui va me donner la vie, le bonheur!»

«On est revenu avec cet esprit-là: de chercher à savoir où le Seigneur va nous amener encore!» Une expérience tant humaine que spirituelle qui aura laissé plusieurs marques indélébiles en chacune d’elles. Un périple qui, à en écouter le récit, suscite l’admiration bien sûr, mais surtout la soif d’absolu, de silence et de paix.

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Photos: gracieuseté de Rebecca et Anne-Sophie


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