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Le NIC - Le Vendredi 3 Septembre 2010

Quand le ministère de l’Éducation fait injure aux croyances

Évelyne Lauzier
Par Évelyne Lauzier
Canada
Dimanche 2 Mars 2008

Avez-vous eu l’occasion de lire l’article publié dans le Devoir du 17 janvier 2008? Sous la rubrique Idées et Opinions, le texte intitulé Éthique et culture religieuse – Un programme dénué de véritable culture religieuse, émet un diagnostic fracassant sur le fameux cours de religion que nos enfants ou petits-enfants devront suivre dès septembre 2008.


 : Photo CNS

Photo CNS

L’analyse, signée par le philosophe Gérard Lévesque et sept co-signataires du CÉGEP de Ste-Foy (Québec), présente tous les arguments utiles pour inciter les parents à s’insurger contre l’enseignement de ce cours aux enfants du primaire. Les signataires, tous des professeurs de philosophie actifs ou retraités, ont donc, à mon avis, le “background” qu’il faut pour comprendre, filtrer, analyser et débattre de la matière d’un tel cours.

Dans un premier temps, l’auteur établit ce qui constitue l’importance d’une culture religieuse. «Le contenu de la culture religieuse est précieux en ce qu’il comporte une recherche de réponse aux questions existentielles que se posent les humains: l’origine de la beauté de l’univers, le bien et le mal, la vie et la mort, les valeurs de vie, les normes de comportement, notre destinée ici-bas et dans l’au-delà».

D’emblée, le philosophe prend note que les contenus du cours de culture religieuse imposés par la ministère de l’Éducation «ne font aucune mention du cœur même du phénomène religieux. Ce que les jeunes élèves auront à apprendre, ce sont plutôt divers aspects de la pratique religieuse, tels les rituels et les symboles religieux, les objets et les lieux de culte, les célébrations et les calendriers des fêtes, les fondateurs et les guides spirituels, les postures de prière.»

Ce n’est donc pas «le coeur des croyances» que ce programme compte enseigner aux élèves mais uniquement les apparences extérieures des religions. «C’est tout le contraire de ce qu’on doit attendre d’un programme qui prétend “manifester une compréhension du phénomène religieux”», estiment les signataires de l’analyse critique.

Après avoir cité le «caractère insolite, cocasse ou obsolète de certaines pratiques extérieures des religions», comme «la posture de prière particulière des musulmans ou le port chez les Juifs hassidiques du couvre-chef noir sur cheveux bouclés», les philosophes démontrent que, sans la connaissance de l’intérieur de ces religions, il est raisonnable de penser que «les élèves pourraient s’amuser de telles bizarreries et se moquer» des gens qui les pratiquent.

Les éducateurs concluent donc sur ce point que le nouveau cours imposé par le gouvernement ne pourra pas amener les enfants à respecter les pratiques religieuses et les croyants qui les adoptent. «Au contraire, le phénomène religieux risque fort de leur apparaître comme un bien drôle de phénomène».

«DEGOUT DU RELIGIEUX»

Sous cet intertitre, les enseignants nous informent que, pour réussir leurs examens, les élèves auront à mémoriser une longue liste de mots difficiles qui désignent les aspects accessoires de diverses religions. Ils en citent quelques-uns, tout en nous prévenant que le programme en comporte 10 pages pleines: la croix huguenote, la menorah, le kirpan, le khanda, l’id el-adha, l’Id el-Fitr, le Wesak, le Divali, le Tripitaka, le Bahgavad Gita, l’Aataentsic, le Nanajobo, le Glouskap, le Siddharta Gautama. Imaginez votre petit du primaire en train de mémoriser ces termes… avec votre aide!

Tout en qualifiant cet apprentissage incongru de «démesure» jamais atteinte, les philosophes rappellent que la mémoire «détient la faculté d’oublier, comme pour se purger des connaissances superficielles», et se demandent bien «ce qui restera de formation aux élèves une fois l’examen passé».

Les signataires avancent même l’hypothèse que les élèves qui recevront ce cours, ne gardent qu’un très mauvais souvenir de cette accumulation forcée de données et réagissent en éprouvant pour longtemps, sinon à jamais, «de l’agacement ou de l’animosité à entendre parler de religion, quelle que soit la confession religieuse».

REDUCTION

Le point culminant de l’analyse du philosophe Gérard Lévesque et de ses collèges signataires à propos du cours concocté par les fonctionnaires du ministère de l’Éducation se trouve sous l’intertitre «Inculture religieuse». Pour répondre au désir de connaître de l’élève en regard du phénomène religieux, le cours mise sur une «“combinaison” des contenus religieux». Cette démarche, selon l’opinion de l’auteur, «rapetisse» le message religieux en le réduisant au niveau éthique.

À titre d’exemple, le programme du gouvernement propose une interprétation du récit biblique du déluge visant à sensibiliser l’élève «à bien traiter les autres êtres vivants, dont les petits animaux, chats, lapins, hamsters». Les signataires y vont «de leur cru» avec un autre exemple de réduction à l’éthique de la parabole du fils prodigue, pouvant être interprétée comme une leçon sur «le bienfait du pardon dans les relations interpersonnelles». Au regard du philosophe, il est clair que cette approche éthique «est incapable de rendre compte du véritable message du récit religieux».

L’auteur constate la même mentalité réductrice du programme scolaire en regard des «grands fondateurs religieux, prophètes ou guides spirituels» présentés non pas comme «des porte-parole du religieux, du spirituel ou du divin mais comme de simples figures dominantes de l’humanité» qui ramène «les Jésus et Mahomet au même niveau que des philosophes de l’éthique, comme Socrate ou Confucius».

Injure

«En soumettant le contenu religieux au seul examen de la raison éthique, poursuit l’analyse, le programme ne peut que disqualifier les croyances et l’univers religieux. C’est là une façon de miner à la base l’existence même de la foi.» En omettant «de faire état de ce que le phénomène religieux contient de plus précieux en ce qui a trait au cœur même des préoccupations humaines» sur le sens de l’existence, conclut-il, le program­me, dont la mise en place est prévue dès septembre, constitue «une injure à l’endroit du fait religieux comme tel et une insulte aux croyants de toutes les confessions».

Je vous exhorte, chers parents, à prendre connaissance de ce texte bien articulé et bien structuré en vous rendant au site internet indiqué ci-dessous1. N’ayez pas peur de vous approprier les arguments clairement énoncés afin de vous bâtir un dossier pour vous opposer à l’enseignement de ce cours qui, au nom de l’éthique, n’a aucun respect envers les religions et qui n’est pas non plus, de la véritable culture religieuse.

Je vous invite également à prendre connaissance de la lettre de Laurent Fontaine et compagnie, publiée en page 8 de ce numéro. Vous y trouverez d’autres arguments de poids qui peuvent contribuer à étoffer votre dossier.

Note:

1- On trouvera le texte intégral à l’adresse suivante:

www.vigile.net/ Un-programme-denue-de-veritable. L’auteur peut être rejoint par courriel à : philodroit@hotmail.com


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