Des avancées notables… mais aussi des reculs
Au cours de l’année 2007, l’Église catholique a fait des progrès notables dans ses relations avec les autres confessions chrétiennes ainsi que dans le dialogue interreligieux, bien qu’elle ait été tourmentée par quelques échecs sur le chemin de l’unité et de la compréhension mutuelle.
Un nouveau document de dialogue catholique-orthodoxe issu en novembre, et dans lequel les orthodoxes se disent disposés à discuter sur la façon dont l’autorité était partagée et exercée au niveau universel dans l’Église primitive, constitue un pas positif étonnant et a été qualifié de «réelle percée» par le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens.
Un point négatif accompagnait cependant cette belle percée: la décision de la délégation russe-orthodoxe de quitter la réunion en plein milieu de la rencontre.
En juillet, la Congrégation pour la doctrine de la foi du Vatican réaffirmait que l’Église catholique est l’unique véritable Église, même si des éléments de vérité se retrouvent dans des Églises et des communautés séparées.
Le document affirme que certaines des communautés chrétiennes séparées, comme les communautés protestantes, ne devraient pas être appelées “Églises” —selon la doctrine catholique— à cause des différences majeures qu’elles comportent, notamment en ce qui concerne le sacerdoce et l’Eucharistie.
Des dirigeants protestants du monde entier ont protesté avec véhémence au sortir de ce document, lequel avait été préparé en réponse aux critiques engendrées par la déclaration “Dominus Jesus”, par la Congrégation de la doctrine de la foi, en 2000, sur “l’unicité et l’universalité salvifique de Jésus-Christ et de l’Église”.
En juillet également, la lettre apostolique du pape Benoît, visant à donner un plus grand accès à la messe tridentine, a provoqué une réaction aigue au sein de la communauté juive au sujet d’un vieux contentieux jamais réglé sur l’utilisation d’un langage qualifié d’antisémite dans la liturgie du Vendredi saint.
Bien que l’expression «juifs perfides» ne fait pas partie du rite tridentin de 1962, dont l’utilisation était autorisée par le pape, ce rite contient toujours une prière pour la conversion des Juifs, qui demande à Dieu de mettre fin à «l’aveuglement de ce peuple».
Abraham H. Foxman, directeur de la branche américaine «anti-Defamation League», a qualifié le décret papal de «coup bas porté aux relations catholiques/juives».
Au Vatican
L’œcuménisme demeure un sujet à l’avant-plan dans les cercles élevés de l’Église. Avant le consistoire de novembre au Vatican, les cardinaux du monde entier et ceux qui allaient bientôt le devenir, se sont rencontrés pour une journée entière de discussion, et l’œcuménisme faisait partie de l’ordre du jour, à la demande expresse des cardinaux. Ce sujet les a d’ailleurs occupés toute la matinée.
Le cardinal Kasper a déclaré que l’opportunité d’examiner les thèmes œcuméniques avec les cardinaux du monde entier était particulièrement importante parce que, «l’œcuménisme est un mandat de Notre Seigneur. Ce n’est pas une option, a-t-il ajouté, c’est une obligation pour l’Église».
En Amérique
Aux États-Unis, le dialogue s’est déroulé sur plusieurs fronts:
— Les catholiques et les Sikhs ont discuté de spiritualité, de sainteté et des saints, lors d’une retraite bilatérale de trois jours en septembre, à Washington.
— À Los Angeles, les catholiques et les orthodoxes ont eu une rencontre de trois jours en octobre, au cours de laquelle ils ont entamé un dialogue sur les structures de l’Église. Un comité composé d’évêques catholiques et orthodoxes se sont aussi rencontrés en octobre à St. Augustin, Floride, pour discuter d’évangélisation.
— Également en octobre, les participants du dialogue annuel entre catholiques et musulmans du Moyen-Orient se sont montrés préoccupés par la nécessité de dialoguer. La rencontre s’est tenue à Dearborn, Michigan, dans la banlieue de Détroit, où vit la plus grande partie de la population arabo-américaine.
— Des responsables anglicans et catholiques ont eu une rencontre de trois jours à Alexandria, Vermont, dans la banlieue de Washington, pour discuter du rôle de la Vierge Marie et du progrès des relations œcuméniques.
Péril en la demeure épiscopale
Dans l’Église épiscopale, les tensions internes de cette communauté et son rôle à l’intérieur de la Communion anglicane —incluant l’ordination de Mgr Eugene Robinson, un évêque homosexuel affiché, en 2003 et certaines questions d’autorité— ont entaché la crédibilité de cette confession.
Le 8 décembre, le diocèse de l’Église épiscopale de San Joaquin, Californie, a décidé à l’unanimité de se séparer de son Église. D’autres communautés épiscopales avaient pris la même décision quelques mois plus tôt.
La Commission internationale Anglicane/catholique romaine a émis un communiqué en septembre disant que «les difficultés de vie de la Communion anglicane», particulièrement les tensions engendrées par l’ordination de Mgr Robinson, la bénédiction de mariages de conjoints du même sexe en Colombie-Britannique, et l’acceptation d’ordonner des femmes évêques dans quelques provinces anglicanes, ont forcé les anglicans et les catholiques à reconnaître que les progrès vers une complète unité seraient plus lents que certains l’avaient espéré.
Événements interreligieux
Les activités interreligieuses ont pris un départ prometteur en février avec le premier meeting officiel de toutes les Églises chrétiennes des États-Unis, auquel ont assisté 36 représentants d’Églises et d’organisations chrétiennes nationales. Cette organisation réunissait les cinq branches majeures de la chrétienté américaine.
À la rencontre qui se déroulait à Pasadena en Californie, les participant ont discuté de l’importance de l’évangélisation et ont également lancé un appel pour travailler à diminuer de moitié la pauvreté chez les enfants d’Amérique, d’ici 2017.
Relations catholiques/musulmans
Du côté des relations catholiques/ musulmanes, le pape Benoît XVI a invité en novembre un groupe d’érudits musulmans à une rencontre avec lui et avec le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. Les dates de cette rencontre n’ont pas encore été fixées.
L’invitation se veut une réponse à la lettre au pape et à d’autres dirigeants chrétiens écrite par 138 hauts personnages musulmans, demandant que les prochains efforts de dialogue entre chrétiens et musulmans soient basés sur —la croyance partagée en l’existence d’un Dieu unique – sur la certitude commune de l’amour de Dieu pour l’humanité — sur le devoir des humains de s’aimer les uns les autres.
Un mois avant que le pape Benoît envoie son invitation, le cardinal Jean-Louis Tauran, nouveau président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, a déclaré au quotidien français La Croix, qu’il n’était pas certain que «le dialogue théologique» soit possible avec les musulmans.
«Avec certaines religions, oui, c’est possible, a-t-il dit. Mais avec l’islam, je ne crois pas que ça le soit, du moins, pas en ce moment. Les musulmans n’acceptent pas la possibilité de discuter du Coran, parce que c’est écrit et dicté par Dieu, disent-ils. Avec une interprétation aussi stricte, il est difficile de discuter le contenu de la foi».
Plusieurs des érudits qui ont signé la lettre ont confié avoir été troublés par la remarque du responsable au dicastère chargé du dialogue interreligieux.
Par ailleurs, dans un message adressé aux musulmans du monde entier, à la fin du jeûne du Ramadan en septembre, le cardinal Tauran dénonçait le terrorisme et toute la violence commise au nom de la religion. Le message traitait aussi de la discrimination religieuse, affirmant que les droits de tous les croyants devaient être protégés «pendant les temps difficiles que nous vivons».
Blessures à vif
En mai, l’ex-président de l’Iran, Mohammad Khatami, affirmait que tous les dirigeants religieux du monde avaient l’obligation devant Dieu de commencer à guérir les blessures survenues dans les relations entre catholiques et musulmans, incluant celles causées par les remarques du pape au sujet de l’islam, lors de son discours en 2006 à l’Université Ratisbonne, en Allemagne.
«Rencontrer le pape n’est pas suffisant pour guérir ces blessures, a-t-il indiqué, mais au moins nous faisons un effort pour entamer le processus de guérison».
L’année 2008 promet d’être riche en rebondissements dans le champ du dialogue interreligieux, quand on sait que le pape Benoît a déjà cédulé à son agenda un échange interreligieux au Centre culturel Jean-Paul II, à Washington, lors de sa visite aux États-Unis, du 15 au 20 avril prochain. (Source Mark Pattison)
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