Certaines recherches violent des principes moraux
Un récent document du Vatican nous informe que certains développements récents dans la recherche des cellules souches, dans la thérapie génique et dans les expériences sur les embryons, violent les principes moraux et représentent une tentative par l’homme de «prendre la place de son Créateur».
Les dernières avancées de la science soulèvent de sérieuses questions de complicité morale chez les chercheurs et autres professionnels de la bioéthique, qui ont le devoir de refuser d’utiliser du matériel biologique obtenu de façon contraire à l’éthique, déclare le document.

Le spécialiste en embryologie, Ric Ross, retire des embryons congelés d’un réservoir de conservation à la «Smotrich IVF Clinic» à La Jolla, Californie, sur cette photo d’archive de 2007. L’Instruction «Dignitas Personae» avise les fidèles que certains développements récents dans la recherche des cellules souches, la thérapie génique et les expériences sur les embryons violent des principes moraux importants et représentent une «tentative de l’homme de prendre la place de son Créateur».
Photo CNS/Sandy Huffaker
L’Instruction de 32 pages, intitulée «Dignitas Personae» (La dignité de la personne), a été élaborée par la Congrégation pour la doctrine de la foi, en collaboration avec l’Académie pontificale pour la vie et présentée le 12 décembre dernier au Vatican. Le pape Benoît XVI a personnellement approuvé le texte et en a ordonné la publication.
Ce document représente en fait une mise à jour d’une Instruction de la même Congrégation vaticane émise en 1987, «Donum Vitae» (Le don de la Vie), qui rejetait la fertilisation “in vitro”, le clonage humain, le phénomène des mères porteuses, et les expériences non thérapeutiques sur des embryons humains.
La nouvelle Instruction développe ces enseignements et en présentent de nouveaux dans les domaines suivants:
-RECHERCHES SUR LES CELLULES SOUCHES: le document reconnaît que les cellules souches ont ouvert de nouvelles voies dans la médecine régénératrice. Il convient qu’il est moralement acceptable de prendre des cellules souches lorsque le procédé ne heurte pas sérieusement le sujet, comme c’est généralement le cas quand les tissus sont retirés d’organismes adultes, du cordon ombilical au moment de la naissance ou de foetus décédés de causes naturelles.
D’autre part, le document précise qu’il est toujours «gravement illicite» de retirer des cellules souches d’un embryon humain vivant, parce qu’invariablement cela provoque la mort de l’embryon.
—LA PILULE DU LENDEMAIN ET AUTRES TECHNIQUES INTERCEPTIVES: Le document affirme que l’embryon se constitue après la fertilisation de l’ovule, et que les drogues et techniques qui empêchent son implantation dans le mur utérin sont moralement illicites parce qu’elles visent à provoquer un avortement —même si dans les faits ces techniques et ces drogues ne provoquent pas un avortement chaque fois qu’elles sont utilisées.
Quiconque cherche à empêcher l’implantation d’un embryon qui aurait pu être conçu, et qui, dans ce but, recherche ou prescrit une telle drogue, vise un avortement, affirme le document. L’utilisation de telles méthodes de contraception «fait partie du péché d’avortement» et est gravement immoral; quand il y a certitude qu’un avortement est survenu suite à ces gestes, «on encourt de graves conséquences pénales, selon le droit canonique», précise le texte.
—THÉRAPIE GÉNIQUE: Le document du Vatican établit clairement deux niveaux de thérapie génique: celui des cellules somatiques et celui des cellules germinales. L’ingénierie génétique qui a pour but de corriger des défauts génétiques en intervenant sur des cellules non reproductives, un processus appelé thérapie génique des cel-lules somatiques, est un principe moralement acceptable. Il s’agit ici d’interventions ciblées sur des secteurs déterminés de cellules et les effets dans ce cas sont limités à une seule personne.
Par ailleurs, la thérapie génique germinale a pour but de corriger les défauts génétiques dans les cellules de la lignée germinale, pour que les effets thérapeutiques obtenus sur une personne puissent être transmis à sa descendance. L’Instruction du Vatican juge cette ingénierie génique moralement illicite. «Du fait que les risques liés à toute manipulation génétique sont importants et peu contrôlables, il n’est pas moralement admissible, dans l’état actuel de la recherche, d’agir en courant le risque que les dommages potentiels liés à l’intervention génique puissent se transmettre à la progéniture.»
—INGÉNIERIE GÉNÉTIQUE: Des chercheurs ont l’idée de se servir des techniques d’ingénierie génétique pour réaliser des manipulations dans le but d’améliorer ou de renforcer la dotation génétique. Pour le Vatican, ces gestes font montre «d’une sorte d’insatisfaction ou même de refus de la valeur de l’être humain en tant que créature et personne marquée par la finitude. En plus de la difficulté de la mise en oeuvre d’une telle technique et des risques qu’elle comporte, «il est évident, que de telles manipulations, lit-on dans le document, favorisent une mentalité eugénique et introduisent une stigmatisation sociale indirecte envers ceux qui ne possèdent pas certaines qualités particulières. » Et l’Instruction de conclure sur ce sujet que dans ces tentatives pour «créer un nouveau type d’homme, se manifeste une dimension idéologique selon laquelle l’homme prétend se substituer au Créateur». Le Vatican affirme donc, sur le plan éthique, le caractère «inadmissible de ce type d’intervention qui implique une domination injuste de l’homme sur l’homme».
—MANIPULATION D’EMBRYONS ET “ADOPTION”: Dès le début du texte le Vatican réitérait la condamnation de création “in vitro” d’embryons humains, une technique fréquemment utilisée dans les traitements de fertilité, d’abord parce que ce procédé sépare la procréation de l’acte conjugal au sein du mariage, et deuxièmement parce que dans cette pratique, les embryons non utilisés sont souvent détruits, ce qui viole le principe que «tout être humain doit être respecté et traité comme une personne dès le moment de sa conception».
La “cryoconservation” (congélation) d’embryons est en elle-même une violation de l’éthique parce qu’elle expose les embryons «à de graves dangers de mort ou à des altérations de leur intégrité physique», comme le démontre le pourcentage élevé qui ne survit pas à cette technique.
Que faire des embryons “orphelins”? Les embryons non utilisés demeurent “orphelins”: les parents ne les réclament pas ou on perd la trace des parents.
L’Instruction s’oppose à l’attitude «utilitariste» qui consiste à utiliser ces embryons à des fins thérapeutiques. Ces propositions sont «clairement inacceptables parce qu’on les utilise somme un simple “matériel biologique”, ce qui implique leur destruction », affirme le document.
Le document rejette également la proposition de «décongeler ces embryons et, sans les réactiver, les utiliser pour la recherche comme si c’étaient de simples cadavres (…): inadmissible», dit le texte de l’Instruction, «en raison d’un problème insurmontable du point de vue de la coopération au mal et du scandale».
La troisième suggestion est également inacceptable pour le Vatican: «Mettre ces embryons à la disposition des couples infertiles, comme “thérapie de l’infertilité” n’est pas acceptable du point de vue éthique pour les même raisons que celles qui rendent illicites tant la procréation artificielle hétérologue que toutes les forme de maternité de substitution. Cette pratique comporterait de plus plusieurs autres problèmes sur les plan médical, psychologique et juridique».
Pourquoi pas l’adoption prénatale? «En définitive, dit l’Instruction, il faut constater que les milliers d’embryons en état d’abandon traduisent une situation d’injustice qui, de fait, est irréparable.»
Lors du lancement de l’Instruction, à un journaliste qui demandait à ce sujet: «Mais que conseillez-vous?», Mgr Sgreccia, président émérite de l’Académie pontificale pour la vie, répondait que «la congélation d’embryons ne doit pas être faite» et que l’existence des embryons congelés constitue «un des faits qui n’ont pas de remède» et qu’il faut éviter de «commettre une autre erreur».
—CONGÉLATION D’OVOCYTES: La congélation de gamètes femelles (ovules non matures) est «inacceptable », pour le Vatican.
Il faut savoir ici que la congélation d’ovules en grande quantité est opérée pour en venir à une fertilisation “in vitro”, technique par laquelle seulement les ovules transférés au corps de la mère sont fertilisés. C’est en raison de cette technique “in vitro” que le document juge la congélation d’ovules moralement illicite.
Mais, a précisé le professeur Luisa Di Pietro lors de la présentation de l’Instruction, la congélation d’ovocytes «peut être une forme de prévention de la fertilité pour qui va subir une chimiothérapie, par exemple, de façon à permettre, après le traitement, une conception naturelle. Dans ce cas, elle est licite».
—HYBRIDATION ET CLONAGE D’HYBRIDE: «Récemment, des ovocytes d’animaux ont été utilisés pour la reprogrammation des noyaux de cellules somatiques humaines. Cette méthode, généralement appelée “clonage hybride”, a pour but de prélever des cellules souches embryonnaire sur les embryons produits, sans avoir à recourir à l’utilisation d’ovocytes humains», explique l’Instruction.
Que penser de ce procédé? «Du point de vue éthique, lit-on au no 35 de l’Instruction, c’est «une offense à la dignité de l’être humain», à cause du mélange des éléments génétiques humains et animaux «susceptibles de nuire à l’identité spécifique de l’homme.» L’utilisation éventuelle de cellules souches, extraites de ces embryons, «comporterait aussi des risques supplémentaires encore inconnus pour la santé, à cause de la présence du matériel génétique animal dans le cytoplasme. Exposer de manière consciente un être humain à ces risques est moralement et déontologiquement inacceptable».
—VACCINS ILLICITES ET OBLIGATOIRES: Les vaccins illicites sont ceux obtenus en utilisant des lignées de cellules, qui sont le résultat d’intervention illicite contre la vie et l’intégrité physique de l’être humain (utilisation d’embryons humains). Un “matériel” qui est parfois commercialisé ou distribué gratuitement dans les centres de recherche par des organismes publics désignés par la loi.
Le devoir des professionnels de la santé «est d’éviter la coopération au mal et le scandale touche en fait leurs activités professionnelles courantes, qu’ils doivent orienter de manière droite et à travers lesquelles ils sont appelés à rendre témoignage à la valeur de la vie, en s’opposant aux lois gravement injustes».
L’Instruction précise qu’il y a naturellement des responsabilités différenciées et des motifs graves «qui peuvent être moralement proportionnés pour justifier l’utilisation de ce “matériel biologique”» obtenu de façon moralement illicite.
On dit, par exemple que «face au danger pour la santé des enfants, les parents peuvent autoriser l’utilisation d’un vaccin pour la préparation duquel on s’est servi de lignées cellulaires d’origine illicite», ce qui n’exempte pas, précise le document, quand on connaît la provenance du vaccin, du devoir de tous «d’exprimer leur propre désaccord à ce sujet et de demander que les systèmes de santé mettent à leur disposition d’autres types de vaccins. » Le document termine ce sujet en précisant que «la responsabilité de ceux qui décident de l’orientation de la production n’est pas la même que la responsabilité de ceux qui n’ont aucun pouvoir de décision.»
—CLONAGE HUMAIN: Le document précise que cet acte est proposé avec deux objectifs, l’un reproductif, dont le but est d’obtenir la naissance d’un enfant cloné; et l’autre thérapeutique ou de recherche.
Dans le clonage reproductif, explique l’Instruction, on imposerait au sujet cloné un patrimoine génétique déjà fixé, en le soumettant de fait à une forme d’esclavage biologique de laquelle il pourrait difficilement s’affranchir».
Cet acte est une «grave offense à la dignité humaine et à l’égalité fondamentale entre les hommes», affirme le document, étant donné «qu’une personne s’arroge le droit de déterminer arbitrairement les caractéristiques d’un autre.»
Quant au clonage thérapeutique, le document le qualifie d’encore «plus grave au plan éthique. Créer des embryons dans le but de les supprimer, est totalement incompatible avec la dignité humaine, même si l’intention est d’aider les malades, car cela fait de l’existence d’un être humain, même à son stade embryonnaire, rien de plus qu’un moyen à utiliser et à détruire. L’Instruction réaffirme donc avec force qu’«il est gravement immoral de sacrifier une vie humaine dans un but thérapeutique».
Selon le professeur Réal Tremblay, rédemptoriste et professeur de morale à l’Académie alphonsienne de Rome, ce nouveau document du Vatican explicite les nouvelles questions surgies dans le domaine de la science biomédicale «avec précision en les confrontant à la pensée de l’Église et en faisant émerger la norme qui s’impose en chaque cas».
Le professeur se dit de plus convaincu qu’il faut lire ce document «lumineux» dans sa totalité «avec respect et attention», car il pourra «éclairer les croyants engagés dans la cause de la vie et contribuer à promouvoir une civilisation plus humaine» (Source CNS/John Thavis – Le Saint-Siège).
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