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Le Nic - Le Mardi 9 Février 2010

La marche d’un catéchumène

S’approcher de Dieu sans préjugés

Sophie Bouchard
Par Sophie Bouchard
Canada
Jeudi 8 Janvier 2009

«Évangéliser les jeunes, c’est peine perdue. Ils sont tous vaccinés contre l’Église et le Christ!», entend-on fréquemment. Ah non, pas tous! En voici un qui s’est approché de l’Église, pur de préjugés. Ni favorable, ni défavorable. Tout simplement sincère et certainement assoiffé d’Absolu. Il n’avait jamais participé à une Eucharistie de sa vie et ne connaissait pas la Bible non plus. Il semble que personne n’ait jamais pensé à lui parler de la foi catholique!

Spécimen rare? De moins en moins dans une société qui s’est déchristianisée il y a plusieurs années. Ce n’est pas tout: Julian n’est pas baptisé. En tout cas, pas encore, puisqu’il a entrepris une démarche de catéchumène. Et ce qui réjouira certainement plusieurs d’entre vous, chers lecteurs, c’est qu’il a accepté de rédiger régulièrement pour Le NIC, une chronique, type journal personnel, pour nous raconter sa marche vers le baptême (1).


Julian n’avait jamais participé à une eucharistie de sa vie avant de commencer son cheminement. Il ne connaissait pas la Bible non plus. Il semble que personne n’ait jamais pensé à lui parler de la foi catholique. «Ce n’était pas vraiment une réalité proche ou existante. Jésus-Christ a été complètement absent de ma vie jusqu’à l’âge de 19 ans». : Photo Sophie Bouchard

Julian n’avait jamais participé à une eucharistie de sa vie avant de commencer son cheminement. Il ne connaissait pas la Bible non plus. Il semble que personne n’ait jamais pensé à lui parler de la foi catholique. «Ce n’était pas vraiment une réalité proche ou existante. Jésus-Christ a été complètement absent de ma vie jusqu’à l’âge de 19 ans».

Photo Sophie Bouchard

Quelle grâce que de pouvoir découvrir ce qui se passe dans l’âme d’un jeune adulte de 20 ans qui souhaite se faire baptiser! Nous vous présentons dans ce numéro son premier texte, mais d’abord, tâchons de comprendre où, quand, comment et pourquoi depuis un an, il a entrepris une démarche si contraire aux eaux actuelles dans lesquelles les jeunes sont obligés de naviguer.

J’ai rencontré Julian en 2007, lors d’une catéchèse pour adulte donné par le Chemin néocatéchuménal (2). À ces rencontres, vient qui veut, déjà chrétien ou non. Julian se trouvait là pour écouter, le regard pétillant, l’oreille bien ouverte, en quête de vérité.

Ce jeune homme m’a tout de suite plu. Son regard sans oeillères ressemblait à celui d’un petit enfant, prêt à tout accueillir. Ce qui ne l’empêche pas d’être plutôt du genre intellectuel, assoiffé de sagesse. C’est d’ailleurs sûrement ce qui le pousse à étudier la philosophie à l’université. Dans sa petite bibliothèque, aux premières loges, saint Thomas d’Aquin…

Quand je l’ai vu pour la première fois, je me suis dit: mais où était-il caché celui-là? D’où sort-il?! «Je suis né en Allemagne. Mon père est québécois et ma mère allemande. J’ai quitté l’Allemagne pour la France à cinq ou six ans.» Et il est arrivé au Québec il y a environ trois ans. Voilà ce qui en est de l’héritage culturel.

La foi par l’intellect?

Qu’en est-il du spirituel? «Mon père a été élevé catholique. Mais c’était à une époque où c’était plus culturel. Ma mère était plutôt protestante. Cependant, ils ne m’ont pas du tout élevé dans la foi.» Jusque-là, un cheminement standard. Ici, comme en France, beaucoup de familles ne transmettent pas la foi à leurs enfants.

Ce qu’on découvre avec étonnement chez Julian, c’est qu’il ne s’est pas forgé de préjugé négatif au sujet de l’Église, de la foi, du Christ. «Ce n’était pas vraiment une réalité proche ou existante. Jésus-Christ a été complètement absent de ma vie jusqu’à l’âge de 19 ans.» Même la pression sociale «antichrétienne» ne semble pas l’avoir atteint.

C’est ici qu’Alain (3) entre en scène, un professeur qui enseigne la philosophie au Cégep que Julian fréquentait. Suite à son cours, «je me suis mis à m’intéresser à la philosophie. Étant donné que j’avais un intérêt, je suis allé lui demander: “J’aimerais continuer dans la voix de la philosophie, qu’est-ce que je fais, qu’est-ce que je lis?” Comme on avait déjà parlé de religion un petit peu, il m’a donné un texte de saint Augustin à lire.»

D’avance attiré par le monde intellectuel, la recherche de la sagesse, Julian est surpris de découvrir que des hommes habités du même intérêt que lui et doués d’une intelligence remarquable comme saint Augustin ou saint Thomas d’Aquin ont la foi. «Je me suis dit, comment des hommes si brillants peuvent croire à ça?»

Un an plus tard, Alain invite Julian à venir à des catéchèses. «Ma foi est née d’une façon un peu étrange. C’est presque comme si je m’étais forcé à croire. Comme si je savais que, de toute façon, un jour, j’aurais la foi. J’étais sûr déjà de ça. J’avais envie de croire.»

Pour ses études, Julian habite en appartement avec son jeune frère Philippe, qui lui non plus n’est pas baptisé. Ils sont tous les deux en quête d’absolu et de vérité. : Photo Sophie Bouchard

Pour ses études, Julian habite en appartement avec son jeune frère Philippe, qui lui non plus n’est pas baptisé. Ils sont tous les deux en quête d’absolu et de vérité.

Photo Sophie Bouchard

Marcher sans savoir

À la suite des catéchèses qu’il suit, on propose aux personnes qui y ont assisté de poursuivre librement leur cheminement en formant une communauté qui se rencontre deux fois par semaine. «C’est la seule chose qui m’avait vraiment posé des difficultés au début. La communauté, ça m’avait fait peur. Je me disais: “C’est quoi ça? Une secte?” Une chance que les catéchèses ont duré assez longtemps; j’ai eu le temps de m’habituer à cette idée!»

Finalement, ce jeune catéchumène accepte de suivre cette communauté, au moins pour un temps, afin de continuer de marcher par des chemins inconnus, sans savoir exactement où il va, ni comment y parvenir, à la façon d’Abraham qui a tout quitté pour aller à la terre promise. «J’ai pensé avoir la foi, sans l’avoir vraiment. La réalité ne fonctionnait pas toujours avec ce que je voulais, ce que je désirais ou ce que je pensais être. Ça désharmonise l’âme.»

Et c’est justement là, dans ses limites que Julian apprécie de plus en plus sa petite communauté. «Je commence à voir un tout petit peu à quoi ça sert. Quand j’ai des difficultés, des crises, des doutes, même si je ne comprends rien à la Parole de Dieu, il y en d’autres à qui ça parle.» Ces personnes avec lesquelles il peut échanger lui servent de miroir pour réfléchir l’image de Dieu, pour mieux comprendre et accepter la Parole de Dieu.

Bien entouré par des professeurs chrétiens, des amis chrétiens et une communauté chrétienne, Julian avance à contre-courant, dans ce chemin étroit de la foi. «Parce que c’est impossible au début d’être chrétien et seul. Personne ne peut tenir.» Même son désir de perfection ne suffit pas à Julian pour avancer sans douter. Le fait d’être en Église l’aide à camper sa foi, lui donne les appuis nécessaires pour continuer dans cette voie.

Il surpasse tout

«Les moments où j’ai eu l’impression de connaître un peu Dieu, confie Julian, c’est ce que j’ai vécu de plus grand. Ça dépasse même la philosophie et la sagesse. J’ai hâte au jour où je vais dire: Jésus-Christ est venu dans ma maison; je sais que le Christ est là parce qu’il est venu dans ma vie.»

Tout est découverte pour Julian. Bien sûr, il ne peut communier, ni se confesser. C’est l’attente du baptême, une épreuve qu’il vit parfois sans comprendre, parfois dans la paix. «Par-dessus tout, c’est une intimité avec Dieu que j’espère. Depuis un certain temps, j’ai vraiment un désir profond de m’approcher de Dieu et de Jésus-Christ. Cette semaine, je suis allé à l’adoration. Ce n’était pas spectaculaire, ni dans les sensations. J’étais là. Je savais que Dieu était là… Un début d’amour pour Dieu que je n’avais jamais eu avant.»

Dans cette chronique qu’il nous servira régulièrement, notre catéchumène nous fera donc part de ce qu’il vit: ses hauts, ses bas, ses déceptions, ses ressources, ses impatiences, ses doutes et ses joies. Il nous racontera sa quête de vérité, sa soif de sens, ses premières expériences d’Église, son zèle et ses froids. À lui maintenant de prendre la plume! Et à vous d’en profiter!

Notes:

1- La première chronique de Julian Dugas est disponible sur notre site: Mes premiers pas dans la foi…

2- «Le chemin Néocatéchuménal est un itinéraire de formation catholique qui “est au Service de l’Évêque comme une des modalités de réalisation diocésaine de l’initiation chrétienne et de l’éducation permanente de la foi”.» Extrait du Décret du Conseil pontifical pour les laïcs, 1140/08/AIC-110, document d’approbation officiel authentifié et déposé aux archives du Vatican le 11 mai 2008.

3- Le témoignage d’Alain et de Monique, son épouse, a été publié dans Le NIC, numéro 4, 23 mars 2008.


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