L’invivable douleur de la mort d’un enfant
Plus jeune, j’ai lu ce verset de Carlo Dossi dans “Désinence en A”: «Nul ne connaît la mort s’il ne l’a une fois vue sur un visage adoré». Or, depuis la semaine dernière (du 4 au 11 novembre), j’ajouterais: Nul ne connaît l’absurdité cruelle de la mort s’il ne l’a vue sur le visage d’un enfant qu’il aimait. Dieu a donc permis que je vive avec mon épouse Julie l‘invivable, l’indicible douleur de la perte d’un enfant, PAS LE NÔTRE, plutôt celui d’une amie intime (ancienne étudiante), alors que son petit Mattéo décédait devant nos yeux (en étant débranché) des suites d’un caillot cérébral, à l’“Hôpital pour enfants de Montréal”.
Cette épreuve a été la pire de ma vie, plus difficile que la perte de maman à l’âge de 59 ans. Peut-être parce qu’il s’agissait pour moi d’une première: voir mourir un enfant. Or, quand on est parent, un événement de la sorte, à moins d’avoir connu un génocide, une déportation, l’holocauste, ça dépasse TOUT ce qu’on a pu vivre en intensité dans la douleur. Un cauchemar, surréel!
Vous dire ce qui m’est passé par la tête pendant ces jours de ténèbres lumineuses, de l’agonie mardi le 4 aux funérailles lundi le 10 novembre, nécessiterait un livret de 50 pages! Que j’ai prié, pleuré et… espéré!
Pendant ces jours de deuil, Dieu sait pourquoi, j’ai beaucoup pensé aux parents de sainte Thérèse (Martin) de Lisieux, qui eux, ont vécu quatre pertes d’enfants! QUATRE! Dont leur seul fils, Jean-Baptiste, âgé de 18 mois (l’âge de mon Jérôme actuellement), qu’ils espéraient tant voir devenir prêtre ! Mais aussi leur Hélène adorée, 5 ans (!), soeur aînée de Thérèse (la dernière), dont la mort aurait arraché la moitié du coeur de sa mère Zélie (Guérin), nous apprend la biographie du père Piat. Oh! Comme je
la comprends maintenant…
Perdre un enfant, c’est l’absurdité de la vie, de la mort, qui vous rentre dedans comme un TGV! Quoi dire à une maman qui nous demande: pourquoi Dieu vient-il me prendre mon enfant? Quoi répondre? Moi, je n’ai rien dit sur le coup. J’ai pleuré avec elle, c’est tout. Je ne pouvais rien faire d’autre, ni dire autre chose. J’ai prié, et fait prier. Afin que tous reçoivent la force d’accepter cette terrible épreuve. Afin qu’elle ne les terrasse pas.
Saint Jean de Brébeuf, quand il apprenait la mort, souvent violente, d’un de ses confrères jésuites missionnaires, disait: «Dieu a donné, Dieu a repris, béni soit Dieu!» Quelle foi il faut pour parler ainsi! Je sais aussi que les parents de la petite Thérèse devaient être trempés de la sorte: Que TA volonté soit faite! Dans l’épreuve indicible, une seule certitude: Dieu est là, Dieu est Amour! D’ailleurs, cette certitude de la présence de Dieu, c’est ce qui rend fort, soutient, relève. Le mal n’aura pas le dernier mot, cette mort n’est absurde qu’en apparence, Dieu en fera germer du bien pour des dizaines de personnes.
Quant à Mattéo, lui, il est bercé par Marie, dans la Lumière incréée du Ciel. Et avec elle, il veille sur sa maman chérie et tous les siens, dans l’attente des retrouvailles éternelles! Qu’elle est belle l’espérance chrétienne! Que serions-nous sans elle?
HOMMAGE AUX FONDATEURS DE LA NOUVELLE-FRANCE, PILIERS DE NOTRE ESPÉRANCE POUR L’ÉGLISE D’ICI!
Il suffit d’une foi. Marie et l’Eucharistie chez les fondateurs de la Nouvelle-France (Anne Sigier, 2008). Un livre superbe!
Ceux qui me lisent depuis des années savent ce que je dois personnellement aux fondateurs de la Nouvelle-France. Certes, qui que nous soyions, nous sommes tous débiteurs à leurs égards. C’est à l’aube de mes 30 ans que la Providence m’a fait le cadeau inestimable de ces rencontres spirituelles (merci Raymond Beaugrand-Champagne!), qui allaient me faire (re)découvrir l’authentique spiritualité chrétienne, tonifiante et supervitaminée: parmi d’autres rencontres, je pense à celles de Jérôme le Royer de la Dauversière et Jeanne Mance, pour Ville-Marie, mais aussi Marie de l’Incarnation et Catherine de St-Augustin, pour Québec.
Sans oublier le sublime père Jean de Brébeuf, jésuite, et sa troupe de fous de Dieu et martyrs. Quand on découvre l’un ou l’autre de ces géants, on découvre la beauté de nos racines spirituelles, et l’on comprend mieux, aussi, ce à quoi peut mener une authentique vie chrétienne.Quand on prend Dieu au sérieux: qui sait ce qu’Il pourrait faire de ma vie, de la… vôtre?
C’est donc à cette fascinante (re)dévouverte de quatre de ces figures que Thérèse Nadeau-Lacour nous invite dans le livre précité, aidée de superbes collaborateurs: les premiers Jésuites (René Latourelle, s.j.), Marie Guyart de l’Incarnation (Thérèse Nadeau-Lacour), Marie-Catherine de Saint-Augustin (Carnelle Bisson, a.m.j.) et François de Laval (Hermann Giguère, p.h., et Vincent Siret).
L’intention initiale de ce projet? Comme elle-même l’écrit (p.10-11): «retrouver le fond de l’âme de chacun des fondateurs (…), le fondement des fondations (…), le souffle de ces fondateurs en ce qu’il a de singulier (…), ce souffle qu’ils considèrent comme l’âme de ce pays (…), approcher l’extrême singularité de ces personnalités pour mieux dire l’étonnante universalité de leur bonne nouvelle, faire mémoire pour mieux espérer!».
Pour chacune des figures, le traitement est le même: d’abord la place de Marie dans sa spiritualité, puis celle de l’Eucharistie. Cette fascinante plongée à l’intérieur de leurs âmes nous permet de comprendre dans quelle mesure ces figures, aussi différentes aient-elles été les unes des autres dans leurs personnalités et fonctions, étaient pourtant unies par une attitude spirituelle commune: christo-centrée (trique).
Ce livre nous enseigne donc la «science des saint(e)s», la plus belle théologie qui soit (la seule digne de ce nom, selon Hans Urs von Balthasar), qui est encore folie aux yeux de savants, de ceux qui croient savoir.
Voilà donc un magnifique livre à (s’) offrir pour le temps de Noël, pour redécouvrir la sublimité de nos origines. Ma seule réserve: la facture de style universitaire de l’ouvrage, avec notes, qui pourrait en rebuter certain(e)s. Merci à l’éditrice Anne Sigier, fidèle à sa tradition d’excellence, pour ce superbe ouvrage de méditation qui donnera aux âmes le goût d’une vie chrétienne plus unifiée, et par là, plus féconde.
À l’image de ces saintes figures, piliers de notre espérance en l’avenir de l’Église d’ici. Puissions-nous enfin réaliser d’où nous venons!
NDLR: Ce livre est disponible dans notre boutique en ligne: Il suffit d'une foi
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