Un avenir pour l'Église d'ici
Les prophètes de malheur ne manquent pas ces temps-ci. Il faut, en effet, beaucoup de foi pour saisir et partager la dimension surnaturelle des événements. Voici un livre qui propose des avenues pleines d’espérance pour l’avenir de notre Église.
Beaucoup de gens s’interrogent sur la survie de l’Église au Québec. Certains, démoralisés, ont abandonné le combat. Ils se considèrent volontiers les derniers catholiques québécois. D’autres, surtout ceux et celles qui occupent une fonction dans l’Église, cherchent inlassablement une technique ou une stratégie pour «ramener le monde à la messe». Ils proposent, essaient, évaluent et abandonnent une approche après l’autre depuis 30 ans.
Je me suis demandé si le livre de Jean-Yves Marchand* allait être rien qu’une stratégie de plus. Ce qui distingue ce livre de bien d’autres c’est qu’il centre sa réflexion résolument sur la personne du Christ plutôt qu’une idéologie ou une revendication plus ou moins avouée.
L’auteur commence d’abord par un survol intelligent et convaincant de l’histoire de l’Église au Québec. Ni triomphaliste, ni misérabiliste, son analyse nous place honnêtement et courageusement devant des conversions à faire.
En rappelant l’avantage que la papauté a eu d’être libérée des États pontificaux, l’auteur croit que la prise en charge par l’État québécois des responsabilités sociales, médicales et éducatives a permis à l’Église de se consacrer plus entièrement à sa mission essentielle qui est la nouvelle évangélisation.
Or, comme dit l’auteur, «Jésus-Christ et son message ne sont pas d’abord une question de quoi faire ou comment dire, mais d’abord et avant tout une question d’être: pourquoi vivre et avec qui». Après tout, dans une perspective chrétienne, Jésus-Christ est le seul essentiel. L’unique approche efficace d’évangélisation, c’est le témoignage qui dure parce qu’il donne le goût à d’autres de vivre à leur tour une rencontre transformante avec le Christ ressuscité.
Le dernier concile a beaucoup insisté sur le rôle essentiel des laïcs pour la transformation du monde. L’Église, qui déjà s’appuyait sur ses institutions, devra dorénavant compter sur ses membres et «leur accorder une prépondérance absolue: les soutenir dans leur vie de foi quotidienne et sacramentelle, les aider à discerner ce qu’ils estiment devoir faire, les éclairer par un enseignement solide et fidèle, les épauler dans leurs engagements multiples, les nourrir spirituellement par une formation adéquate».
Si hier, l’Église se préoccupait des services publics, elle doit maintenant plutôt promouvoir des valeurs. Cela suppose que les catholiques n’hésitent pas à présenter leur “différence” et à s’affirmer courageusement sur la place publique. Ce n’est pas prendre la place des autres que d’occuper la nôtre.
En guise de conclusion, l’auteur propose trois tournants à prendre: d’abord mettre de l’ordre dans nos idées et sortir de la défensive, ensuite apprendre à vivre surnaturellement et enfin s’infor mer en lisant le Compendium du Catéchisme de l’Église catholique et la constitution conciliaire «Lumen Gentium».
J’ai aimé ce livre mais j’ai un bémol à ajouter. Les trop fréquentes références carmélitaines m’ont dérangé dans ma lecture. C’est comme si l’auteur voulait faire deux choses en même temps: réfléchir sur l’avenir de l’Église et nous présenter la spiritualité de saint Jean de la Croix. J’ai trouvé cela malavisé.
Mais, Mgr Martin Veillette, dans sa préface, a bien raison de dire: «Il y a là des perspectives qui ne sont pas très souvent présentes dans les différentes publications faites chez nous». En effet, à partir d’une documentation solide, l’auteur présente une analyse lucide et virile et des recommandations qui méritent d’être connues, partagées et mises en pratique.
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Note:
*Espérance pour l’Église au Québec, Médiaspaul, 2010, 157 pages, 21,95$.
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