Pour une moralité publique
Chacun de nous comprend l’importance d’une moralité privée. On l’exige les uns des autres comme allant de soi. Mais qu’en est-il de la moralité publique? Depuis l’affaissement de la chrétienté au milieu du XXe siècle, est-il possible d’envisager une éthique dans une société aussi diverse que la nôtre?
Pas une journée ne se passe sans que les médias nous rapportent de nouveaux cas de fraude plus intolérables les uns que les autres. Le scandale des commandites, l’amoralité de Conrad Black et de tant d’autres chefs d’entreprises donnent l’impression que notre société n’est peuplée que de petits et de gros «Bougons».
La crise financière actuelle a beaucoup augmenté l’amertume et le cynisme des gens. Pourtant, nombreux sont ceux et celles qui cherchent et trouvent des façons d’être éthiques dans leur milieu de travail.
Depuis trois ans, à toutes les semaines, le journaliste Laurent Fontaine et Thierry C. Pauchant, professeur aux Hautes Études Commerciales de Montréal, ont rencontré et interviewé plus d’une centaine de ces personnes dans le cadre d’émissions au poste Radio Ville-Marie.
Ils viennent de condenser certains de ces témoignages dans un livre intitulé 36 façons d’être éthique au travail*. Le volume comprend aussi un CD qui contient les 36 interviews radiophoniques d’environ une heure.
Qui sont ces personnes? Elles occupent des postes de haute responsabilité (PDG, ministre, président de conseils d’administration, haut gestionnaire, etc.).
La plupart sont du Québec mais certains viennent de France et de Belgique. Leurs organisations sont performantes et reconnues pour leur esprit de corps. Ces leaders oeuvrent dans toutes sortes d’organisations —privée, publique, associative, religieuse, grande ou petite, représentant diverses industries— et sont exemplaires pour leurs engagements éthiques.
Parmi ces témoins, il y a une grande diversité de points de vues et de personnalités, par exemple, Claude Béland, l’ancien président du Mouvement Desjardins, Isabelle Hudon présidente de la Chambre de Commerce du Montréal métropolitain, Robert Dutton, président de Rona Inc., Vera Danyluk, mairesse de Ville Mont-Royal et Joseph Facal, ancien député, ministre et président du Conseil du Trésor, pour ne nommer que ceux-là.
Il n’est pas surprenant que des personnes aussi différentes abordent l’éthique de façon pluraliste. Même parmi les témoins religieux, le discours est varié.
Les lecteurs du NIC liront avec un intérêt particulier les propos du jésuite Bernard Bougon, du frère Antoine Emmanuel, prieur de la Fraternité monastique de Jérusalem, de Virginie Lecourt, économe générale de la Communauté religieuse La Xavière, de Pascal Pingault, fondateur de la Maison du Pain de Vie, du moine bouddhiste Martin Ricard et du spécialiste des banques islamiques Lachemi Siagh.
Étant donné cette grande diversité, il convient de parler d’éthiques au pluriel. Plusieurs ont repoussé des approches soi-disant «universelles» en insistant sur l’importance de respecter la spécificité des organisations, des personnes et des situations.
Les valeurs qui animent ces témoins sont variées: vérité, respect, authenticité, liberté, égalité, fraternité, solidarité, responsabilité, transparence, continuité, efficience, équilibre, équité, abnégation, intégrité, entraide, bien commun, service, compassion. Plusieurs insistent sur le fait qu’il n’y a pas de différence entre leurs valeurs personnelles et professionnelles.
Ce livre m’a permis de mieux connaître des personnes et des institutions bien différentes mais qui influent sur ma vie de tous les jours. Plusieurs témoignages m’ont touché par leur lucidité, leur altruisme et leur profondeur.
Les auteurs de ce livre lumineux ont bien raison: «Dans cette période de crise, de mauvaises nouvelles et de cynisme face aux institutions, cela fait du bien de découvrir que, déjà, des leaders sont, de façon éthique, au travail…»
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