Au diocèse de Québec: tout le monde sur le terrain!
NDLR: Cet article est tiré de l'édition du 17 janvier du magazine Le NIC, publié dans le cadre d'un mini dossier sur la nouvelle vision du diocèse de l'Église catholique de Québec. Voir un de ces articles complémentaires.
Si l’on peut dire que l’Église est passée au feu depuis les dernières années, la phase du deuil doit au moins avoir une fin… Et à Québec, l’heure est à la reconstruction! Cette fois, l’Esprit se manifeste à travers la «nouvelle vision» du diocèse de Québec, celle que s’est donnée une équipe gonflée à bloc, pleine d’espérance et d’idées nouvelles pour transmettre et faire connaître le message du Christ.
Pour en savoir davantage, je suis allée rencontrer les cinq membres de l’équipe épiscopale qui travaillent à l’unisson comme les doigts de la main. Ils m’ont reçue avec chaleur à l’évêché, à l’occasion de leur réunion mensuelle. Croyez-moi, on n’a pas fini d’en entendre parler!

Cinq hommes imprégnés d’espérance et mus par le feu de l’évangélisation: dans l’ordre habituel, Mgr Jacques Vézina, vicaire général, Mgr Gérald-Cyprien Lacroix, évêque auxiliaire, le cardinal Marc Ouellet, archevêque du diocèse, Mgr Paul Lortie et Mgr Gilles Lemay, tous deux évêques auxiliaires.
Photo Sophie Bouchard
«La force d’une mission, c‘est d’avoir une vision claire de ce que l’on cherche», résume le cardinal Marc Ouellet en parlant de cette vision lancée dans le diocèse cet automne. Pour atteindre cet objectif, il a fallu prendre le pouls, réaliser certaines restructurations, créer un nouvel organigramme diocésain puis présenter le tout aux intéressés.
«On sait dans quelle direction nous allons. Et ça, c’est avantageux. Il y a eu la Pentecôte eucharistique chez nous; nous avons construit là-dessus, dans un processus de réflexion, avec large participation. Et nous sommes arrivés à expliciter une perspective trinitaire. Rebâtir la pastorale à partir de la Trinité; oh! C’est incroyable!», s’exclame le cardinal Ouellet en riant! Incroyable oui, mais pas si surprenant quand on sait que le cardinal a choisi pour devise «Qu’ils soient un».
Missionnaires… à l’écoute
Dans un contexte de rupture de la transmission de la foi, de l’héritage religieux, poursuit le prélat, «nous avons la certitude de devoir écouter ces blessures tout en ayant une conscience vive de la Bonne Nouvelle. C’est dans notre vision à la fois pratique et concrète. On sait que le coeur blessé de nos frères et de nos soeurs a besoin du tissu ecclésial pour réchauffer le tissu social où il y a beaucoup de solitude.»
Au centre de cette vision, le diocèse redevient missionnaire, mais cette fois, chez nous. «Le coeur de la mission, ce sont les communautés vivantes, sur le terrain. Paradoxalement, d’abord les communautés de vie consacrée. Elles sont encore vraiment très signifiantes, jusqu’à leur dernier souffle: communautés et individus.»
Ensuite viennent la famille, la paroisse, les régions pastorales, explique le cardinal. «La famille étant le modèle originel de la communion, image de la Trinité aussi, que l’on prolonge dans la communauté paroissiale. Et finalement, la communauté des mouvements qui comprend également les groupes communautaires.»
«L’idée fondamentale c’est que, tout comme dans le mystère de la Trinité, il y a la circumincession des personnes, souligne Mgr Ouellet, c’est-à-dire qu’il y a la mutuelle présence des personnes les unes aux autres.»
En d’autres mots, on veut vivre cette vision comme «un service et non pas comme un programme, des projets, des activités, etc., intervient Mgr Paul Lortie, responsable des régions pastorales Appalaches. Donc, on en arrive à une question d’être. C’est vraiment le fondement. Tout ça dans une relation d’amour de la présence continue de la Trinité qui est en nous. Ce qui fait que, les aspirations les plus profondes du coeur humain, peuvent être comblées en amour, en fidélité, en liberté. C’est une occasion extraordinaire, cette vision, de rappeler tout le sens du baptême et de la confirmation.»
«Nous avons besoin de toutes les forces vives, de tous les charismes dans l’Église pour bâtir le Royaume aujourd’hui, pour renouveler l’Église, complète Mgr Gilles Lemay, responsable des régions pastorales Rive-Nord. Nous avons fait des pas importants dans ce sens-là. Et nous allons continuer à en faire.»
Jusqu’à aujourd’hui, au diocèse de Québec, on avait un réseau paroissial articulé sur les services diocésains, indique le cardinal Ouellet. «La vie consacrée fonctionnait à part, les mouvements fonctionnaient plus ou moins à part. Dorénavant, c’est vraiment établi dans une vision unifiée, où on compte les uns sur les autres.»

«On veut de l’action, on veut rejoindre le terrain et on veut qu’il y ait du suivi entre Alpha, Cellules d’évangélisation, école d’évangélisateurs, vie consacrée, Brebis de Jésus, etc.» espère l’archevêque de Québec.
Photo ECDQ.tv/Denise Morneau
Pour reprendre souffle
Dans le diocèse, on avait déjà installé les nouvelles équipes d’animation locale (voir l’article complémentaire disponible dans notre magazine du 17 janvier en page 18) pour obtenir de l’aide des laïcs tout en étant attentif à ce qu’il n’y ait pas de dérives qui pourraient laisser croire que ce sont les laïcs qui dirigent l’Église. «Non, c’est toujours le prêtre, précise Mgr Ouellet. C’est pourquoi on a fait un effort énorme de promotion de la vocation sacerdotale: il y a la création du “Séminaire international Redemptoris Mater” qui forme des prêtres pour la nouvelle évangélisation. C’est-à-dire des prêtres qui évangélisent d’abord et qui savent comment faire. Et aussi, à plus long terme, la fondation du “Petit séminaire diocésain”.»
Dans toute organisation, il arrive parfois que de nouveaux projets soient accueillis avec réticence, reçus comme une charge supplémentaire. Cette fois, «les prêtres se sont dit très contents d’avoir une vision qui est identifiée. Et ça fait du bien. Ça suscite de l’enthousiasme », se réjouit Mgr Lemay.
S’il fallait que les prêtres ne prennent pas le rôle de motivateur, de pasteur, de guide, la vision ne pourrait se mettre en place, assure-t-il. «C’est la même chose pour les mouvements. Les mouvements restent en marge tant et aussi longtemps que les prêtres ne leur ouvrent pas la porte pour leur dire “venez chez nous, venez travailler et collaborer avec nous”.»
«La vision donne du souffle, certifie Mgr Gérald-Cyprien Lacroix, responsable de l’évangélisation et de la catéchèse! Nous avons des gens généreux, il se fait de belles choses! Il y en a beaucoup qui sont à l’âge d’être retraités parmi les prêtres et qui sont encore en service. Mais, souvent ils sont essoufflés. On ne sait plus par quel bout commencer. Cette vision-là redonne du souffle, redonne la possibilité de relever la tête puis de regarder en avant.»
Même la visite pastorale des évêques s’est renouvelée. Les décisions prisent dans le diocèse sont clairement missionnaires, affirme Mgr Lemay: on veut des évêques sur le terrain! Pour Jacques Vézina, vicaire général, cette nouvelle vision prend sa source dans l’invitation de Jésus: avance au large! «Il s’agit d’accepter de prendre un risque parce qu’on nous invite à aller au large, et d’être bien conscients que cette invitation-là, elle vient du Seigneur!»
Plusieurs chantiers sont ciblés: la catéchèse, l’évangélisation, la famille «toujours là, mais en souffrance» précise le cardinal. Évidemment, il y a aussi les jeunes. «Il y en a 40 000 à l’université. La “Communauté de l’Emmanuel” est venue s’installer dans ce secteur pour cela. Ils ont réussi à monter une communauté eucharistique de jeunes: 150 jeunes se réunissent le dimanche soir. Ça, j’en veux d’autres ailleurs en ville!»

Mgr Gille Lemay, un homme bien terre-à-terre, sait écouter et se faire entendre des enfants parce qu’il leur parle concrètement. On le voit ici à l’occasion de la journée de la famille pendant le CEI.
Photo ECDQ.tv/Marc Giguère
Rejoindre à tout prix
En février dernier, raconte Mgr Lacroix, un prêtre demandait au pape comment s’y prendre avec les jeunes familles en recherche, tout en n’étant pas prêtes à intégrer la grande communauté paroissiale. Le pape a répondu qu’il fallait prévoir une sorte de vestibules où, en petites équipes, les “nouveaux” seront accueillis. «Et à partir de la Parole de Dieu, il faudra tranquillement les accompagner pour qu’ils grandissent dans la foi. Ça, c’est urgent! Et c’est pour cela que c’est tellement important que les mouvements et la vie consacrée soient dans le coup, parce que dans beaucoup de mouvements, ça se fait déjà.»
«Nous, notre intention, note Mgr Lacroix, c’est de les ramener au Christ, à l’Évangile, et c’est indissociable de l’Église. C’est notre vision ecclésiologique: pas d’Église sans Christ, pas de Christ sans Église, ça va ensemble! On a du chemin à faire, et ça peut prendre du temps. Mais si nous les accueillons, si nous marchons avec eux, comme les pèlerins d’Emmaüs, il y a de l’avenir!»
Cet appel à l’évangélisation, à aller à la rencontre des gens «le diocèse l’a officialisé, mais ça demeure la mission de l’Église, renchérit Mgr Lortie. À l’entrée du nouveau millénaire, Jean-Paul II disait que l’Église serait une école de communion. Et que l’enracinement se réalise dans la dimension trinitaire, qui va donner la capacité d’accueillir l’autre comme un frère, une soeur à aimer, la capacité de porter les fardeaux des uns et des autres, la capacité d’estimer les autres supérieurs à soi.»
Le cardinal, manifestement content de son équipe récemment renouvelée par l’arrivée de deux nouveaux évêques, explique que «Mgr Gérald-Cyprien Lacroix et Mgr Paul Lortie sont familiers avec tout ce qui bouge en nouvelle évangélisation. L’évangélisation précède la catéchèse, affirme le cardinal tout en reconnaissant que dans le passé, l’évangélisation était un maillon faible. C’est pourquoi maintenant, nous investissons justement là. Évidemment, il faut vraiment être créatif!»
Et créatif, on l’a été, entre autres, avec la fondation d’un Centre catéchétique de formation pour les catéchètes et celle de l’École d’évangélisation Saint-André. «On a un grand, grand défi dans la formation d’évangélisateurs, atteste Mgr Lacroix. D’abord nous, les prêtres, les agents de pastorale, les gens impliqués, les équipes d’animation locale, nous devons être capables de bien nommer notre foi. Puis nous devons être enracinés dans notre foi pour être capables de la dire au monde d’aujourd’hui, de façon à ce que ce soit attirant et invitant.»

Les évêques de Québec, au milieu de la foule sur la rue St-Jean à Québec lors du festival eucharistique, missionnaire pour la vie du monde.
Photo ECDQ.tv/Denise Morneau
Chercher l’unité avec tous
Mais on ne se contente pas pour autant d’essayer de rejoindre les petites gens. Ici, on veut créer des liens avec tous, entre autres, avec le milieu municipal et communautaire. En effet, récemment, Mgr Lortie a rencontré les cinq maires de municipalités voisines. Dans ce genre de rencontres, «on se situe par rapport au bien commun que nous poursuivons ensemble. Par exemple, en cherchant comment se donner la main pour que, dans le réseau communautaire, municipal et en Église, on puisse susciter une participation plus importante de la part des 18-35 ans.»
«Il y a des valeurs de solidarité, de partage, d’entraide, qu’un milieu recherche pour construire une ville dynamique, assure Mgr Lortie. Et nous aussi, on caresse le même désir! Et dans plusieurs de ces endroits, il y a un patrimoine religieux d’une grande valeur. Alors nous, on essaie de faire valoir que l’implication des gens de la mairie, c’est en vue de respecter l’héritage de nos devanciers, tant au plan religieux qu’au point de vue civil. C’est porteur d’un message très spirituel, ce qu’on laisse en héritage.»
Mgr Lortie espère qu’en s’adressant aux municipalités «dans cette période de désert —le peuple de Dieu a aussi marché au désert— on puisse se lier pour protéger ces édifices. En comptant sur la collaboration entre les maires et l’Église, on pourrait faire appel aux institutions financières ou à des entreprises.»
De plus, par le biais de ces rencontres, les maires plus jeunes, peu familiers avec l’Église, découvrent le respect que lui confèrent les autres maires. Ce qui les conduira peut-être à aller un peu plus loin, comme ce jeune maire qui, tout de suite après sa réunion avec Mgr Lortie, «a demandé une rencontre au curé de la place pour poursuivre l’échange.» Un effet peut-être inattendu au départ, mais ô combien heureux!

«Il faut réseauter, recréer une communion, c'est-à-dire, refaire une culture communautaire catholique.», affirme le cardinal Marc Ouellet. Sur notre photo, le cardinal félicite un agent de pastorale dont il vient d’officialiser le mandat.
Photo ECDQ.tv/Denise Morneau
Première mission… la conversion!
«La dimension missionnaire, on l’a évoquée, glisse Mgr Lortie. Moi, il y a un autre volet qui me plaît. Chaque baptisé doit imiter le Christ. Il a reçu la mission du Père. Et comme baptisé, nous aussi on est envoyé en mission. On n’a qu’à regarder la finale de Mathieu, 28.20, “Allez! De toutes les nations, faites des disciples”.»
En ce sens, comme le mentionnait Mgr Lemay précédemment, même la visite pastorale vit des transformations. Le cardinal affirme d’ailleurs que dorénavant «on ne fait pas juste une révision administrative de comment ça se déroule dans la communauté paroissiale, mais on va directement aux autres, aux décideurs sociaux, aux maires, pour établir un dialogue.»
Mais la plus grande restructuration qui est en train de se faire, garantit Mgr Lacroix, «c’est celle d’une grande opération de conversion de nous-mêmes. Nous, les quelques-uns qui sommes engagés dans l’Église. On a besoin de se convertir si on veut accueillir, témoigner, accompagner, être de bons grands frères et grandes soeurs de ceux qui s’en viennent.»
«Ce qu’il y a d’intéressant, précise Mgr Vézina, c’est que cette conversionlà, c’est d’abord nous, comme responsable du diocèse, qui devons la vivre! Et nous allons la vivre à partir du regard porté sur les confrères et sur les liens qui sont engagés: un regard d’amour. Parce que si les disciples, les Apôtres, ont accepté d’avancer au large, c’était parce que celui qui les interpellait a posé un regard d’amour sur eux et ils lui ont fait confiance. Et quand quelqu’un porte un regard d’amour sur nous, on peut aller à bien des endroits.»
Dieu est fidèle, affirme Mgr Lacroix. «Cela fait 2000 ans qu’Il accompagne son peuple à travers les hauts et les bas, les révoltes, les moments de gloire, les moments de crucifixion et de persécutions: Il est fidèle! Et moi, je crois que, malgré tous les essoufflements, les difficultés et les questionnements, si on accueille la Pentecôte qui nous est offerte actuellement, on va voir une nouvelle génération de catholiques se lever et passer le flambeau de la foi!
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