Un témoignage brûlant!
D'habitude, les autobiographies comprennent une bonne part d’apologétique et de restrictions verbales. Chacun a tendance à se présenter sous son meilleur jour. Or voici une autobiographie étonnante par sa franchise. Elle donne au lecteur le goût d’être vrai, lui aussi.
Charles Baudelaire soupirait ainsi: «Ah! Seigneur! Donnez-moi la force et le courage de contempler mon coeur et mon corps sans dégoût! Qui de nous, en effet, accepterait de faire une confession générale en public? Or voilà le grand mérite du livre de Soeur Emmanuelle intitulé Confessions d’une religieuse (1). Ce n’est pas une autobiographie, mais une confession véritable, qui rappelle celle de saint Augustin. Dans ce livre, elle raconte non seulement ses succès mais ses échecs. Elle évoque non seulement ses faiblesses mais les grâces nombreuses qui l’ont soutenue et émerveillée.
Qui ne connaît soeur Emmanuelle (du Caire)? Souvent surnommée la «petite soeur des chiffonniers» ou «petite soeur des pauvres», elle est connue pour ses oeuvres caritatives en Égypte auprès des enfants et des plus démunis et est un symbole international de la cause des déshérités.
Comme toute bonne autobiographie, soeur Emmanuel raconte tout d’abord sa jeunesse et l’éclosion de sa vocation religieuse. Si soeur Emmanuelle a toujours eu un appel pour vivre pauvre avec les pauvres, c’est pourtant dans une communauté d’enseignantes, la congrégation Notre-Dame-de-Sion, qu’elle s’est engagée. À la grande surprise de plusieurs, y compris certains directeurs de conscience et mères supérieures, elle y est restée jusqu’à la fin de sa longue vie.
Elle ne cache pas tout l’effort que ses trois voeux lui ont coûté et ce qu’ils lui ont apporté, notamment la fidélité à sa vocation. Car, comme la plupart d’entre nous, cette femme est remplie de contradictions que Dieu seul peut réconcilier.
Après 40 années d’enseignement, joyeuses à Istanbul, douloureuses en Tunisie et glorieuses à Alexandrie, Soeur Emmanuelle peut enfin réaliser son grand rêve. Le concile ayant incité les communautés religieuses à devenir missionnaires, c’est avec l’approbation et le soutien de sa communauté que Soeur Emmanuelle s’installera au bidonville avec ses chers chiffonniers.
Elle y passera 23 années d’activités courageuses et franchement héroïques. Rappelons-nous: elle est dans la soixantaine, à l’âge de la retraite pour plusieurs. Elle peut enfin déployer ses immenses talents d’organisatrice et de génératrice de fonds. Car les aumônes lui parviennent de partout.
Aidée dès le début par des collaborateurs et collaboratrices du milieu, elle a fondé des oeuvres étonnantes: écoles, bien sûr, mais aussi dispensaires, hôpitaux, clubs de loisirs, ateliers de tissage et de couture, des centres professionnels, des usines non seulement en Égypte, qui, honneur rarissime, lui accorderont la citoyenneté égyptienne mais aussi au Soudan, au Burkina Faso, aux Philippines et ailleurs, là où les enfants de Dieu souffrent.
Voici quelques statistiques: en 1990, les Amis de Soeur Emmanuelle nourrissaient et instruisaient 34 000 enfants au Soudan. Ailleurs on découvre que «Les Amis de Soeur Emmanuelle de Paris et leurs partenaires arrachent à l’illettrisme, à la prostitution, à la mort, 60 000 enfants à travers le monde» (p. 353).
Ce livre, dans lequel charité et vérité se rencontrent, m’a souvent ému. Le chapitre intitulé Misère et grandeur des chiffonniers qui présente des portraits de quelques habitants du bidonville m’a fait pleurer.
Ce livre en bouleversera plusieurs. Il remet en cause l’idée que nous pouvons nous faire de la sainteté. L’impitoyable franchise de l’auteur décape beaucoup d’hypocrisies et nous remet en cause en tant que disciples du Christ.
J’ai aimé aussi un petit livre de textes choisis de Soeur Emmanuelle (2) qui aide à approfondir la pensée de cette femme exceptionnelle.
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Notes:
1-Soeur Emmanuelle, Confessions d’une religieuse, 2008, Flammarion, 409 pages, 29,95$
2-Soeur Emmanuelle, Une pensée par jour, 2007, Médiaspaul, 103 pages, 9$.
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