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La vie est belle! (Le NIC) - Le Samedi 4 Février 2012

Leçon de fanatisme

Brigitte Bédard
Par Brigitte Bédard
Canada
Jeudi 29 Octobre 2009

Vous ai-je déjà parlé de notre fanatique écologique? Eh bien, voici… On venait d’ensemencer du gazon, car notre terrain avait été victime d’une moufette mangeuse de vers blancs… Toute la famille avait travaillé fort à pelleter l’énorme tas de terre. Intriguées, les quatre petites voisines d’en face s’étaient jointes à nous. Équipée de bottes d’eau et de redoutables pelles TONKA, la marmaille jouissait de pouvoir se salir sans se faire chicaner.


 : Photo CNS

Photo CNS

Après avoir travaillé tout l’après-midi à étendre la terre, on y allait avec les semences. Mon mari se servait de cette occasion pour éduquer les enfants à la vie qui se tenait dans leurs mains. «Un peu comme les bébés?» «Oui, oui, comme les bébés…». Il suffisait de les poser dans la terre et ensuite de laisser faire. L’eau, denrée des plus précieuses, manne tombée du Ciel, allait faire germer et grandir le bébé gazon.

Les enfants s’émerveillaient et saisissaient toute l’importance du respect de la vie, de la minuscule semence jusqu’à la grandeur de toute la nature. Le soir venu, on installait le boyau d’arrosage avec la plus grande délicatesse pour ne pas disperser les graines. On admirait l’eau qui sortait tout délicatement du boyau et qu’on n’avait pas besoin d’aller chercher à un kilomètre de distance, comme le faisaient la plupart des femmes et des enfants du monde… Les enfants restèrent bouche-bée quand ils comprirent ce que représentait un kilomètre… aller-retour… plusieurs fois par jour…

Puis, tout le monde est rentré se coucher. Les enfants trépignaient à l’idée de voir «leur» bébé gazon. Le lendemain matin, tous étaient dehors 20 minutes avant l’heure du départ pour l’école. On voulait voir le bébé gazon…

Arrivée près du boyau, on remarqua qu’il s’était formé une marre d’eau qui recouvrait presque la totalité du terrain. L’eau avait poussé les graines dans la rue et formé des tas de terre un peu partout. Le dur travail de la veille était à l’eau! Les enfants avaient les larmes aux yeux. Papa et maman étaient en beau joual vert!

La plus vieille s’approcha avec à la main une feuille blanche, toute mouillée: «Je l’ai trouvée près du boyau, parterre… et… et… le boyau… le boyau a été coupé par un couteau…». «Quoi!?», répondirent en coeur papa et maman. Sur la feuille, on pouvait lire, écrit en rouge: L’EAU N’EST PAS RENOUVELABLE. LE GAZON OUI.

Même si nous devons rendre grâce en toute chose et aimer ceux qui nous persécutent, notre première réaction n’a pas été de bénir. La première chose que je me suis dite c’est: «Au moins, il n’a pas fait de faute!» Mon mari, plus “viril” dans son approche, voulait se rendre à l’animalerie acheter deux Doberman et attendre que l’écolo repasse…!

Que pouvions-nous dire aux enfants? Que le Mal existe. Que souvent, on a des convictions et qu’on est prêt à tout pour les appliquer. Que certains détruisent et font du mal en croyant faire le bien. Que dans la vie, quand parler et agir pour ses convictions cause du tort à une personne, il faut revoir sa façon de parler et d’agir. Que ce qui compte le plus c’est la personne humaine.

Qu’avant de couper le boyau, le fanatique aurait pu téléphoner à la ville pour se plaindre et constater qu’on avait un permis. Qu’on ne peut pas se faire justice soi-même, même si on sait qu’on a raison. Que le fanatisme n’est pas que religieux. Qu’un boyau coupé n’est plus réutilisable et qu’il se retrouvera dans un dépotoir, ce qui n’est pas très écologique. Que si cette personne avait été courageuse, elle nous aurait parlé franchement.

Elle aurait vu, alors, que nous compostons, que nous achetons en vrac et évitons le suremballage, que nous réutilisons au lieu de jeter, que nous achetons toujours de l’usager, que nous avons vendu la deuxième voiture il y a belle lurette, que nous recyclons, que notre bac à déchet est presque vide chaque semaine, que nous cuisinons au lieu d’acheter du tout fait, que nous reprisons au lieu d’acheter des vêtements neufs, que nous buvons l’eau du robinet, que les bains et les douches sont limités, que je ne me colore plus les cheveux, que nos produits sont biodégradables, que nous avons des sacs écolos pour notre épicerie, que mon mari marche pour aller travailler et les enfants pour se rendre à l’école, que nous ne jetons jamais de nourriture et patati et patata…

Je lui dirais qu’on a gagné notre “Salut écologique” et qu’on est presque auréolés de sainteté écologique et qu’on n’a pas besoin d’un p’tit curé-écolo pour nous faire la verte morale… et que GRÂCE à lui, les enfants ont eu droit à la meilleure des leçons de fanatisme.


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