Qu’est-ce que le jansénisme?
Question: Pourriez-vous nous expliquez ce qu’est le jansénisme..., d’où ça vient?
Réponse: Je me permets un préambule qui nous aidera à mieux comprendre le jansénisme. Il y a toujours eu dans l’Église une tendance au rigorisme. La preuve en est ces nombreuses sectes, qui embrigadaient nombre de chrétiens de vie très stricte. Je pense au montanisme, au marcionisme, au manichéisme des premiers siècles, au temps des péchés dits irrémissibles. Le dualisme avait grande popularité dans plusieurs milieux chrétiens: on opposait matière et esprit. On méprisait la matière, on méprisait le mariage, pour tomber dans l’angélisme par une sévérité excessive et souvent privée d’amour divin.
Cette propension au rigorisme reprit force au Moyen-âge, au temps des Cathares et des Albigeois. Cette disposition à la sévérité excessive n’existe-t-elle pas aujourd’hui en certains milieux, en de nouvelles religions puritaines?
Évidemment, je ne veux pas classer comme trop austères les associations ou mouvements qui réclament de leurs adeptes une vie chrétienne exemplaire. Leur vie fervente est à base d’amour de Dieu et du prochain. Leur ardeur s’accompagne d’équilibre spirituel et de joie chrétienne. Posséder une foi claire, selon le Credo de l’Église, «est souvent défini comme du fondamentalisme», souligne Benoît XVI. Vivre une authentique vie chrétienne est considéré par certains comme du rigorisme. Les libertins de tous les siècles ont accusé les chrétiens fervents d’être conservateurs et rétrogrades.
Venons-en à une compréhension du jansénisme. Son berceau fut l’université de Louvain où, au milieu du 16e siècle, Baius se mit à enseigner, en interprétant mal saint Augustin, que la nature de l’homme, après sa chute, était viciée et qu’il ne pouvait que pécher; seule la grâce pouvait le sauver. Baius fut condamné en 1567 par saint Pie V. Mais d’autres furent influencés par Baius, dont Jansénius, au siècle suivant.
Le jansénisme tire son nom de Jansénius, néerlandais, évêque d’Ypres, qui mourut en 1638. Il élabora sa doctrine dans un livre, l’Augustinus, se lia d’amitié avec l’abbé de l’abbaye de Saint-Cyran. Ils trouvèrent des amis à Port-Royal, surtout la famille des Arnauld, dont Mère Angélique et Mère Agnès, les «Mères de l’Église, pures comme des anges, mais orgueilleuses comme des démons…». Pour eux, pour elles, les pratiques d’austérité avaient été perdues par la faute des Jésuites qui insistaient sur la liberté humaine. Jansénius et ses disciples croyaient à une prédestination absolue au Ciel ou à l’enfer.
Le jansénisme, répandu surtout au 17e et au 18e siècle, surtout le jansénisme sacramentel, fit preuve d’austérité excessive. Il contamina la piété en France, en d’autres pays aussi, comme aux Pays-Bas et en Italie. La piété se refroidit, les chrétiens s’éloignèrent des sacrements, ne se considérant pas dignes de les recevoir. La religion devint froide et terrible. Cette spiritualité sombre et pessimiste était l’opposé de la confiance souriante de saint François de Sales, comme de celle de la Petite Thérèse de Lisieux.
Dieu, pour les jansénistes, n’était qu’un juge sévère. La religion n’était accessible qu’à une élite prédestinée. Saint Alphonse, patron des confesseurs et des moralistes, docteur de l’amour et de la prière, combattit vigoureusement le jansénisme dans ses écrits tous empreints de la miséricorde et de la tendresse de Dieu.
Condamnés par l’Église, comme beaucoup d’hérétiques au cours des siècles, ils en appelèrent de l’évêque au pape, puis du pape qui les condamnait à un pape «mieux informé »… L’histoire se répète.
Ils refusèrent d’obéir, trouvèrent refuge en Hollande. En 1870, au temps du concile Vatican I, ils s’unirent aux Vieux Catholiques.
Le jansénisme a influencé bien des générations de chrétiens par une rigueur qui se fit sentir dans la réception des sacrements, surtout la pénitence et l’Eucharistie. Même si la tendance au rigorisme existera toujours en certains milieux, ne faut-il pas craindre aujourd’hui le contraire: le pélagianisme, le libertinage, l’hédonisme, le relativisme, le culte du moi? Plusieurs font fi des Commandements de Dieu et favorisent un amour fade, un sel qui a perdu sa saveur (Mt 5, 13).
Trouvons auprès de nos pasteurs la sagesse et l’équilibre d’une spiritualité équilibrée, d’une vie chrétienne authentique.
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