Le fossé entre le discours de l’Église et la société se creuse
L’ÉGLISE AUSSI EN CARÊME – Ces dernières semaines (en mars), l’Église du Christ et son pape sont vraiment passés dans le tordeur des mass media. Ça tombait bien puisque nous étions en plein carême, période pendant laquelle l’Église accompagne le Christ dans sa montée vers le calvaire: l’Église n’est pas plus grande que son maître... Avec Lui, tous les catholiques du monde ont reçu les insultes et les crachats d’une foule qui, 2000 ans plus tard, ne sait toujours pas reconnaître son Sauveur et le crucifie encore comme elle le peut...
Ici, certains médias l’ont même qualifié d’assassin! Oui, vous avez bien lu: Benoît XVI assassin! Et Morgentaler alors? Un grand homme, évidemment! Un animateur d’une émission religieuse à la SRC a même fait référence sur son blogue à des demandes d’apostasie de la part de plusieurs catholiques… rien de moins!
Ce qui a provoqué le tollé mondial, ce sont certains des propos de notre Saint-Père sur les préservatifs prononcés dans le cadre de son voyage en Afrique. Cités hors contexte par les médias, évidemment (ça, on est habitués), mais qui ont pourtant été validés a posteriori par certaines sommités mondiales – hélas le mal médiatique était fait!
Cette crise suivait de peu une autre, peut-être plus grave encore, mais qui ne concernait pas le pape: celle de la présumée excommunication de cette fillette du Brésil, qui a avorté de ses jumeaux, fruits malheureux du viol par son beau-père (eh oui, des fois la réalité dépasse en horreur la fiction!) qui lui, n’aurait pas été excommunié parce que «le viol est un crime moins grave que l’avortement». À l’analyse, il semblerait que la crise ait été gonflée artificiellement —voire de façon malhonnête— par les médias.
En vérité, la jeune fille n’aurait pas été excommuniée. Mais, encore une fois, le mal était fait, et le message diffusé: l’Église n’a pas de compassion pour cette fillette mais protège le violeur! (Dans les jours suivants, j’ai tellement ramé devant mes étudiantes consternées et furieuses pour leur faire comprendre la différence entre un viol et un avortement selon la morale de l’Église, avec un succès... hélas incertain!)
Quand on considère ces deux crises avec un peu de recul, on constate que dans les deux cas, 1) la vision de l’Église concernant le problème moral soulevé a été déformée ou tronquée dans les médias; 2) que même bien présentée, le «monde» ne l’a pas comprise, d’où son incompréhension et sa colère!
Encore une fois, un discours de sourds entre l’Église et le monde (ordinaire). Au final, je suis prêt à parier qu’encore une fois, l’Église a perdu la bataille médiatique, que bien des Québécois(e)s se sont dit: l’Église et son pape nous montrent encore combien ils ne comprennent rien au monde moderne! Et c’est là que réside la vraie tragédie: quand quelqu’un rejette l’Église sous de mauvais motifs, quand c’est le mensonge qui gagne et qui sert de repoussoir à l’Église, qui a besoin de la Vérité pour séduire et gagner les coeurs.
La Vérité, disait saint Augustin, n’a pas besoin de défenseur; elle s’impose à la raison par sa beauté intrinsèque. Je veux bien, mais encore faut-il qu’elle puisse se faire un chemin à travers le dédale de mensonges, de demi-vérités, de “méconceptions” et d’approximations relayés par les médias.
LA FAIBLESSE DE NOS RELATIONS PUBLIQUES – Vous pourrez être en désaccord avec moi, mais je suis de ceux qui croient que les médias ne sont pas le quatrième pouvoir mais plutôt le ... premier! Je concède que ce ne sont pas les journalistes qui votent les lois; toutefois, ce sont eux qui informent —littéralement: donnent forme!— les mentalités, c’est-à-dire les façons de penser! Or, comme on le sait, on agit comme on pense, la pensée précède toujours l’action, que ça soit conscient ou non. Un exemple: le jour où je deviens convaincu —en pensée— que la malbouffe nuit à ma qualité de vie, je cesse d’en manger!
Or, je suis d’avis qu’une GRANDE FAIBLESSE DE L’ÉGLISE AU QUÉBEC, c’est son incapacité à BIEN FAIRE passer son message DANS LES MÉDIAS “mainstream” (grand public), surtout en temps de crise. Oh! je sais bien que d’aucuns s’y essaient —dont je suis— , mais c’est avec un succès très mitigé. Et pour cause: le message n’est pas unifié, centralisé, formaté stratégiquement (eh oui, il le faut!) Une ou deux entrevues données dans les studios de TVA, d’une radio ou de la SRC ne suffisent pas.
Ce qu’il nous faudrait, c’est une petite armée de relationnistes —de vrais spécialistes de la communication—, mais aussi pourvus d’une bonne théologie; j’y insiste: il faut savoir bien communiquer, mais surtout, QUOI communiquer. J’ajoute: préférablement des laïcs, parce que le monde moderne les écoute plus volontiers que les prêtres, sur qui retombent tous les préjugés.
Des super communicateurs, donc, mais aussi une vraie salle de presse, prévue pour les rencontres avec les médias. Bref, du professionnel. Je suis d’avis que dans le contexte actuel d’une société de plus en plus rivée à ses médias (électroniques), l’Église doit savoir livrer ses combats là où ça compte, là où elle peut vraiment livrer son message de Vérité libératrice à des centaines de milliers de personnes en quelques secondes: dans les médias.
Nos évêques, qui ont leurs qualités, ne sont pas des professionnels de la communication. D’ailleurs, comme on le constate, à tort ou à raison, la grande majorité évitent ces tribunes et débats, pour les raisons que l’on devine —ils craignent les “hot seats”. Pourtant, chaque entrevue refusée représente une occasion manquée de toucher des milliers d’âmes, qui pourraient se rapprocher de l’Église par la tête… avant de le faire par le corps! En 2009, pouvons-nous faire l’économie de cette présence médiatique? Poser la question, me semble, c’est y répondre.
DES PARENTS QUI TUENT LEURS ENFANTS? – En l’espace de quelques semaines, neuf enfants ont été tués par leurs parents, ici au Québec. Comme si le suicide de nos jeunes ne suffisait pas, voilà que des parents en proie à une désespérance carrément diabolique décident d’emporter dans leurs suicides leurs enfants.
Au risque de vous surprendre, ces tragédies, qui me glacent le sang, ne me surprennent pas. Voilà des décennies que le Québec s’est déchristianisé. Or, la majorité qui applaudit à la disparition de la présumée Grande noirceur (cléricale) ne semble pas consciente des conséquences sur notre âme de cette éclipse de Dieu. Ce qu’on a perdu, c’est non seulement la foi, mais aussi l’espérance (et la charité, mais pas complètement). Cette vertu théologale, qui vient de Dieu, permet aux croyants de recevoir en temps d’épreuve une force qui vient d’en haut, laquelle permet d’espérer envers et contre tout.
Or, de toute évidence, quand on se suicide, a fortiori quand on entraîne dans notre suicide nos enfants (par meurtre), c’est qu’on n’espère plus rien de la vie et d’un Dieu auquel on ne croit pas. Alors, le diable a le jeu ouvert, et il ne s’en prive pas. Rien n’est plus diabolique que l’infanticide: l’enfant tué par sa propre mère, son propre père…
Un petit espoir à l’horizon: certains chroniqueurs ont remarqué que presque tous ces drames ont suivi des ruptures amoureuses, des séparations et des divorces. Et de reconnaître qu’on a peut-être sous-estimé —banalisé— le poids de douleur de ces séparations sur l’âme humaine. Nos boomers des années 68 —ceux qui ont tué jusqu’à l’idée même de l’idéal conjugal chrétien de fidélité à la vie à la mort— se réveillent-ils enfin? Une hirondelle ne fait pas le printemps…
Plus urgemment, prions pour que tous les jeunes (couples) en voie de vivre l’union libre —qui est aussi la “désunion” libre!— réfléchissent bien à ce qu’ils font. Car ces drames nous rappellent par l’horreur que, hier comme aujourd’hui, le bien le plus précieux de l’être humain, c’est l’amour, notamment sous les formes conjugale et parentale. Ça aussi, l’Église devrait le rappeler à tous… dans le cadre d’une conférence de presse! Chrétiens, à vos micros!
lucphaneuf@gmail.com








