La grande et petite histoire de Notre-Dame des Écoles
NDLR: Dans le contexte de la rencontre du 30 avril 2009 (voir article) où l'on annonçait le projet de fonder d'une école catholique, nous reproduisons ici un article fort intéressant sur le sujet, publié dans notre revue, édition du 28 octobre 2007. Une collaboration spéciale de la présidente de l'Association de Notre-Dame des Écoles, madame Marguerite Bourbeau, également vice-présidente du comité de fondation.
Marguerite Bourbeau raconte:
«Une première statue m’a été donnée à l’occasion de la fondation d’une école catholique à Halifax, en Nouvelle-Écosse. Ma soeur l’a trouvée en 1995, abandonnée au bord du chemin dans une rue de Québec. Avec l’aide de mon père, Anne-Marie l’a amenée chez elle et lui a construit une niche dans son jardin.

Le 15 août dernier, monsieur le cardinal Marc Ouellet bénissait une statue de Notre--Dame des Écoles au Monastère de la Croix Glorieuse de Charlevoix. À gauche, le petit frère John de la communauté des Petit frère de la Croix.
«Ce n’est que plusieurs années plus tard qu’elle découvrait son nom de Notre-Dame des Écoles en entrant dans l’école primaire de Baie St-Paul où on trouve une statue du même vocable. Lorsqu’elle a su que j’étais impliquée dans la fondation d’une école catholique à Halifax, elle a fait des recherches pour m’en trouver une semblable, mais en vain. Finalement, elle me donnait la sienne, jugeant qu’elle était plus à sa place dans une école que dans un parterre.
L’origine de la dévotion «Cette statue a donné son nom à notre école d’Halifax, qui a ouvert ses portes en 2002. Le nom de «Our Lady of Schools» a suscité dans la population de nombreuses questions auxquelles personne ne pouvait répondre. Jusqu’à ce que, deux ans après sa fondation, à la suite de recherches, nous découvrions que la dévotion à Notre-Dame des Écoles est originaire de France. Mais dans ce pays, elle n’a pas survécu à la destruction des écoles confessionnelles lors de la révolution française.
«Cependant, elle a eu le temps de passer au Québec et le cardinal Taschereau la confiait aux soeurs de la Congrégation Notre-Dame, fondée par sainte Marguerite Bourgeoys. Une grande statue en marbre, sculptée par deux artistes italiens, était érigée dans la chapelle de leur École Normale en 1915.
«En 1947, Notre-Dame des Écoles était proclamée par le pape Pie XII “patronne de toutes les écoles et de la jeunesse étudiante de la province de Québec”, et sa fête fixée au troisième samedi d’octobre, avec permission de célébrer ce jour-là (ou un des huit jours suivants) une messe votive solennelle de la Très Sainte Vierge. Cinq ans plus tard, Notre-Dame des Écoles était proclamée “patronne des écoles et de la jeunesse étudiante du Canada entier” et les privilèges liturgiques accordés au Québec étaient étendus à tout le pays.
«Finalement, le 30 avril 1958 le cardinal Paul-Émile Léger, au nom de Pie XII, couronnait la statue de Notre-Dame des Écoles pour commémorer le troisième centenaire de fondation de la première école de la Nouvelle France par Marguerite Bourgeoys.[b]
Heureuses coïncidences?[/b]
«De retour dans ma province natale à la suite de circonstances providentielles, j’en suis venue à la conclusion que je devais faire ici au Québec ce que j’avais accompli en Nouvelle-Écosse, c’est-à-dire, travailler à la fondation d’une école catholique indépendante. La tâche me paraissait bien au-delà de mes forces. Je me suis dit que je devais commencer par me chercher une statue de Notre-Dame des Écoles.
«Car avant l’ouverture de notre école à Halifax, j’ai eu à la maison, pendant plusieurs mois, la statue donnée par ma soeur. De la voir sur le palier à chaque fois que je montais et descendais l’escalier m’inspirait de la prier et m’encourageait dans les difficultés que je rencontrais. Voilà pourquoi je cherchais une nouvelle statue, même si je savais qu’elle serait très difficile à trouver.
«L’histoire de la statue bénite par le cardinal Ouellet remonte en octobre 2006. J’étais de passage à Barry’s Bay, une ville située au nord de l’Ontario, dans un collège catholique fondé en l’an 2000, «Our Lady Seat of Wisdom Academy» (Notre-Dame, Siège de la Sagesse). En entrant dans l’édifice, où j’étais invitée à donner une conférence sur la Divine Comédie de Dante, la première chose que je vois en ouvrant la porte, c’est une statue de Notre-Dame des Écoles! Quelle surprise!
«J’explique au directeur John-Paul les raisons de mon étonnement et l’objet de mes recherches. Il me répond que la statue lui a été donnée par un prêtre et qu’en fait, elle ne devait pas être là puisqu’il en possédait déjà une très belle de Notre-Dame, Siège de la Sagesse, qui, portant le nom du collège, avait plutôt sa place à l’entrée.
«Et il poursuivait en me disant que si je ne trouvais pas de statue pour mon école du Québec, il me donnerait la sienne. Deux jours plus tard, je revins le voir pour lui demander de me la donner tout de suite car je pourrais ainsi la rapporter avec moi sur le train.
«Après avoir consulté ses collègues, il m’en faisait cadeau. J’étais ravie jusqu’à ce que je réalise que la statue était tellement lourde que je ne pouvais même pas la soulever. John-Paul m’a consolée en me disant qu’il trouverait le moyen de me la faire livrer, quitte à ce qu’il vienne lui-même me l’apporter l’été suivant.
«Au cours de cet été, j’ai pensé à John-Paul à quelques reprises, me disant que je finirais bien par en entendre parler. Entre-temps, j’ai été invitée à donner une conférence sur la création de nouvelles écoles catholiques, dans le cadre d’un colloque à Ste-Julienne, le 26 juillet dernier, sous le thème: L’École, l’Église et la société québécoise.
«Je suis revenue de cette conférence avec la conviction profonde que nous réussirions à implanter de nouvelles écoles catholiques au Québec en priant la Vierge Marie et en l’invoquant sous son vocable de Notre-Dame des Écoles, Mère de la Connaissance et de l’Amour (sa devise). Pour y arriver, il nous fallait faire connaître et propager de nouveau cette dévotion, une dévotion bien de chez nous.
«Trois jours plus tard, je recevais un courriel m’avisant que ma statue était en chemin. À Barry’s Bay, John-Paul l’avait confiée à deux jeunes femmes qui partaient en pèlerinage pour Ste-Anne-de-Beaupré.
«C’est ainsi, qu’une statue de Notre-Dame des Écoles (son nom est inscrit en anglais à sa base) est partie d’une ville de l’Ontario où se trouve la première université catholique anglophone à être fondée dans cette province, pour aboutir dans une ville du Québec, en attendant de trouver sa place définitive dans une nouvelle école catholique; tandis que la première statue de Notre-Dame des Écoles est partie de la même ville du Québec pour résider dans la première école indépendante à être fondée à Halifax en 30 ans.
«Ce n’est pas sans raison si ces statues sont des statues “voyagères”. Elles nous rappellent la dévotion que Marguerite Bourgeoys avait pour la Vierge Marie dans son mystère de la Visitation, celle qu’elle appelait la “Vierge Voyagère”.
L’année prochaine, en l’an 2008, ce sera le 350e anniversaire de l’ouverture de la première petite école à Ville-Marie, dans une étable cédée à Marguerite Bourgeoys par monsieur de Maisonneuve. Ce fut le début de son oeuvre dont ont surgi les “petites écoles” disséminées sur les côtes du grand fleuve de la Nouvelle-France.
«Ce n’est pas par hasard que notre statue de Notre-Dame des Écoles, d’abord abandonnée dans une rue de Québec, a donné son nom à notre école d’Halifax. Ce n’est pas par hasard non plus que nous avons découvert ainsi la dévotion à Notre-Dame des Écoles, tombée dans l’oubli, ainsi que le fait, lui aussi tombé dans l’oubli, que Notre-Dame des Écoles a été proclamée «patronne des écoles et de la jeunesse étudiante » en 1947, il y a maintenant de cela exactement 60 ans, à la demande même des évêques et des professeurs, aussi bien laïques que religieux, de la province de Québec!
«Saurons-nous faire revivre cette dévotion dont nous devrions être particulièrement fiers, nous, en tant que Québécois? Saurons-nous prier Notre-Dame des Écoles, afin que, dans les mots du cardinal Ouellet, “avec son aide et la puissance du Saint Esprit, nous puissions renouveler l’éducation catholique en notre pays pour le salut et le bonheur des prochaines générations”?» (Par Marguerite Bourbeau)
Voir aussi: Le cardinal Ouellet se prononce pour des écoles privées catholiques
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